Comment gérer le redémarrage après le confinement ?

Afin de ralentir la propagation du virus SARS-CoV-2, le gouvernement belge a pris différentes mesures. Elles ont entraîné d’importantes conséquences pour la société, notamment la fermeture temporaire de nombreuses entreprises. Toutefois, le confinement sera progressivement levé prochainement, et ces entreprises pourront redémarrer leurs activités sous certaines conditions. Cela nécessitera un plan d’action avec des mesures de protection basées sur une analyse des risques, dans le respect de la hiérarchie des mesures de prévention.

Lors du redémarrage d’une entreprise, la sécurité comme la santé des travailleurs doivent être assurées et la propagation du virus SARS-CoV-2 dans la population doit être empêchée. Si des garanties suffisantes ne peuvent être apportées, l’entreprise ne peut rouvrir ses portes.
Le virus SARS-CoV-2 se répand par « contamination par gouttelettes » : lorsque quelqu’un tousse ou éternue, des gouttelettes de particules virales se propagent. Celles-ci pénètrent dans l’organisme du nouvel hôte par les muqueuses de la bouche, du nez ou des yeux. C’est pourquoi les mesures principales consistent à garder une distance suffisante et à nettoyer régulièrement les surfaces potentiellement infectées.
Une analyse du risque doit être réalisée pour chaque poste de travail et chaque fonction, avec un plan concret et progressif pour l’ensemble de l’entreprise, soutenu par tous, de la direction à chacun des travailleurs. L’inspection du travail effectue des contrôles tant sur l’aspect théorique que sur la mise en œuvre pratique.
1. Éliminer le risque

L’élimination du risque, en l’occurrence de la maladie COVID-19, se trouve au sommet de la hiérarchie des mesures de prévention. Seul un vaccin sûr et efficace peut le garantir. Il est toutefois peu probable qu’un tel vaccin soit disponible en quantité suffisante pour protéger l’ensemble de la population avant mars 2021. Même un médicament qui réduirait suffisamment la gravité de la maladie ne sera pas développé sous peu. Les options actuellement à l’étude peuvent avoir un effet bénéfique, mais ne sont pas des remèdes miracles.
2. Empêcher l’exposition

En tant qu’entreprise, vous devez donc, dans la mesure du possible, empêcher l’exposition au virus. Le meilleur moyen d’y parvenir est le télétravail. Ainsi, les collaborateurs peuvent travailler depuis chez eux, sans risquer de contaminer leurs collègues ou leurs clients.
Si cette méthode est envisageable, un certain nombre de points sont à considérer. Il est peu probable que vos travailleurs disposent à la maison des mêmes outils ergonomiques qu’au travail. Évaluez dans quelle mesure vous pouvez leur fournir cet équipement, un casque ou un clavier autonome, par exemple. Il s’agit, ni plus ni moins, d’aménager un poste de travail à domicile. Des facteurs psychosociaux interviennent également, surtout si le télétravail se poursuit sur une longue période.
Le télétravail n’est pas toujours possible ; dans de nombreux secteurs et fonctions, le travailleur doit être présent sur le lieu du travail. Vous pouvez toujours empêcher l’exposition au virus en ne permettant pas aux collaborateurs malades de venir travailler.
Les malades peuvent être identifiés par une analyse par PCR sur un frottis nasopharyngé (ou nasal). En raison de leur accessibilité limitée, ces tests sont toutefois réservés au secteur des soins de santé. Un test sérologique validé est à l’étude, grâce auquel le médecin du travail pourra rapidement savoir, sur la base d’un prélèvement sanguin, qui est infecté et qui est (éventuellement) immunisé. Au moment où nous écrivons ces lignes (le 20 avril 2020), ce test n’est malheureusement pas encore disponible.
Le contrôle de la température peut être une mesure également, mais il doit être assorti de précautions. Les mesures fournies par les thermomètres infrarouges ne sont pas très fiables. Plus de 30 % des malades confirmés ne présentent aucun symptôme. D’autres peuvent être déjà contagieux un ou deux jours avant l’apparition des symptômes. De telles mesures peuvent donc créer un faux sentiment de sécurité.
Les travailleurs à risque peuvent être écartés préventivement d’un environnement de travail dangereux. Cet écartement, sans être structurel, peut être indiqué dans certains cas. Le médecin du travail peut jouer un rôle de soutien pour une approche appropriée.
3. Protection collective
Les mesures de protection collective sont appropriées lorsque les travailleurs doivent être présents sur le lieu du travail.
Vous devez adapter les méthodes et les postes de travail de façon à assurer une distance d’au moins 1,5 mètre entre les personnes. Si l’espace et les postes de travail le permettent, une réorganisation de l’environnement de travail s’impose. Lorsque ce n’est pas possible, vous pouvez envisager de limiter le nombre de travailleurs sur place, par exemple en introduisant des horaires de travail flexibles. Les réunions (si elles ne peuvent se faire en vidéoconférence) peuvent se tenir avec moins de participants ou dans des espaces plus grands. Vous pouvez en outre limiter le nombre de places à la cantine d’entreprise et rallonger les horaires de la pause déjeuner.
Si la distance de 1,5 mètre ne peut être respectée, vous pouvez prévoir des barrières physiques, comme des cloisons en plexiglas. Le but est de stopper la contamination par les gouttelettes en suspension.
Méfiez-vous également du système de ventilation. En général, les gouttelettes ne restent pas longtemps en suspension, mais un système de ventilation mal réglé, avec un débit d’extraction insuffisant, une recirculation de l’air et une humidité trop faible, peut être un facteur de risque.
Le virus SARS-CoV-2 peut survivre jusqu’à deux à trois jours sur une surface en plastique ou en acier inoxydable. Le risque d’infection diminue de manière exponentielle, le risque maximal se situant dans les 6 à 7 premières heures. Par conséquent, une mesure de prévention peut être de laisser reposer une surface potentiellement infectée pendant 24 heures. Il est conseillé de régulièrement désinfecter les surfaces souvent utilisées, par exemple avec une solution d’alcool à 70 % pour les petites surfaces ou une solution de chlore comme l’hypochlorite de sodium (eau de Javel) à 0,2 %. Notez que l’utilisation de ces produits comporte également des risques, tels que l’irritation des voies respiratoires ou de la peau ou l’inflammation de l’alcool sur des surfaces (trop) chaudes.
Pour les objets d’usage fréquent, vous pouvez également envisager des alternatives faciles à entretenir. Il existe par exemple des claviers lavables.
Une mesure de protection collective peut également consister à laisser les portes ouvertes de manière à ne pas avoir à toucher la poignée. Assurez-vous qu’il ne s’agit pas d’une porte coupe-feu. Des dispositifs permettent d’actionner la poignée avec le coude.
Une autre mesure consiste à décourager l’utilisation des ascenseurs, dans lesquels la distance de 1,5 mètre ne peut être maintenue et où les boutons sont une source possible de contamination. Les actions possibles dépendent de la disposition du bâtiment, et notamment de l’accessibilité et de la sécurité de la cage d’escalier.
4. Protection personnelle
Les équipements de protection personnelle jouent également un rôle important dans cette hiérarchie de la prévention.
Le lavage régulier des mains avec de l’eau et du savon est un moyen très efficace d’éviter l’autocontamination par les mains – on se touche le visage 16 fois par heure en moyenne ! Vous devez donc mettre du savon et de l’eau courante ainsi que des serviettes jetables ou une soufflerie à disposition de vos collaborateurs. Tous les savons sont efficaces contre le virus SARS-CoV-2, le savon antibactérien n’a aucune valeur ajoutée. Si le lieu de travail ne dispose pas d’un accès à l’eau courante, prévoyez un gel hydroalcoolique. Celui-ci est presque aussi efficace que le savon, mais irrite davantage la peau.
Les masques buccaux peuvent également être une solution, en particulier lorsque la distance de 1,5 mètre ne peut être maintenue, mais aussi quand les travailleurs travaillent dans la même pièce pendant une période prolongée.
L’avis négatif actuel du gouvernement à cet égard trouve son origine dans la pénurie de masques buccaux. Ceux-ci sont dès lors réservés au secteur des soins de santé, où le risque de contamination et de propagation est de loin le plus élevé. Une fois que les masques seront disponibles en nombre suffisant, ils seront probablement recommandés dans le cadre de l’entreprise.
Les masques FFP2 ou même FFP3 constituent évidemment la protection la plus efficace, mais ils provoquent également une forte résistance respiratoire et sont donc moins adaptés à un usage prolongé. Les masques buccaux chirurgicaux sont recommandés lorsque les travailleurs sont en contact avec de nombreuses personnes différentes et en cas de contacts rapprochés. Dans les autres cas, un tissu ou un masque buccal fait maison fait très bien l’affaire.
En matière de premiers secours, de nouvelles lignes directrices ont été élaborées par le Conseil belge de réanimation (BRC). La règle de la distance minimale de 1,5 mètre ne peut être enfreinte que pour des actions de sauvetage, et si le sauveteur dispose de gants et d’un masque buccal.
5. Signalisation
Les avertissements et instructions de travail se trouvent tout en bas de la hiérarchie de la prévention, mais restent néanmoins très importants.
Vous devez en effet donner à vos travailleurs des instructions claires sur la manière de se laver les mains correctement et régulièrement, ainsi que sur la façon de mettre et d’enlever correctement les masques buccaux. Sinon, ces mesures de protection n’auront que peu d’effet.
Il est également utile de réfléchir aux endroits stratégiques où placer ces rappels. Ainsi, il peut être utile de rappeler aux collaborateurs qu’ils doivent se laver les mains lorsqu’ils entrent dans le bâtiment, juste après avoir touché les poignées de porte ou les boutons d’ascenseur.
Les avertissements peuvent également consister en marquages au sol ou sur les murs. Vous pouvez indiquer d’une croix l’endroit où doivent se tenir les travailleurs ou les clients lorsqu’ils sont dans une file d’attente. Pour éviter qu’ils se croisent, vous pouvez indiquer, à la manière d’Ikea, le sens de la marche souhaité à l’aide de flèches.
Le ressenti est également un point d’attention important pour les travailleurs qui sont encore au travail ou qui y retourneront bientôt. Ceux-ci peuvent avoir peur d’être contaminés au travail ou lors de leurs déplacements en transports en commun. Gardez toujours à l’esprit qu’une communication transparente sur les mesures prises peut être utile. Elle permet également de rappeler à un travailleur qu’il a toujours la possibilité de consulter spontanément le médecin du travail ou le conseiller en prévention psychosociale. La plupart des services externes sont joignables par mail ou par téléphone.
Conclusion
La pandémie de coronavirus pose d’énormes défis à notre société. Les prochains mois seront encore difficiles. Mais avec une approche adéquate et ferme, nous pouvons gérer cette situation. Il est possible de trouver un sain équilibre entre la sécurité et la santé de la population et des travailleurs d’une part et les nécessités économiques de notre État-providence moderne d’autre part.
 
 


Auteur: Edelhart Kempeneers

Publié 27-04-2020

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