Coronavirus : FAQ HSE (mise à jour du 27/04)

Voici la retranscription du podcast néerlandophone dans lequel Edelhart Kempeneers, médecin du travail et directeur médical à Attentia,répond aux questions fréquentes que se pose le conseiller en prévention confronté à la crise du coronavirus. Le podcast francophone avec Philippe Farr est toujours disponible à l"écoute.

– Face à la crise du coronavirus, quel est le rôle du conseiller en prévention ?
EK : En cas de pandémie, le conseiller en prévention effectue une analyse des risques affectant les services et la santé des collaborateurs, notamment. Au sein de son entreprise, le conseiller en prévention participe à la prise des mesures proportionnelles qui s’imposent. Il fournit aussi des conseils lorsque les locaux et les équipements de l’entreprise doivent être régulièrement nettoyés : où faut-il agir, à quel moment et quelle fréquence, quels produits utiliser ?
– Est-il également responsable de la distribution de mouchoirs jetables et de produits désinfectants ?
EK : Avec un peu de chance, il ne doit pas s’en charger personnellement, mais peut rendre des avis sur la question si nécessaire. Si, par exemple, des serviettes en tissu sont à disposition du personnel dans les toilettes, le conseiller peut suggérer de les remplacer par des lingettes nettoyantes jetables ou d’installer un sèche-mains électrique. Normalement, les commandes sont prises en charge par le département achats.
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– Comment le coronavirus se transmet-il, au juste ?
EK : La contamination de ce virus se fait par inhalation de gouttelettes infectées (« droplet infection »). Lorsque l’on tousse ou éternue, par exemple, nous diffusons des microgouttes, ou aérosols, de salive jusqu’à deux mètres de distance. Le virus présent dans ces gouttelettes peut alors être transmis aux personnes qui nous entourent.
En mettant la main devant la bouche alors qu’elle tousse ou éternue, avant de serrer la main à quelqu’un d’autre, une personne contaminée augmente ce risque de contagion en y ajoutant un contact direct. Évidemment, le virus se transmet aussi lors des baisers.
Il survit également plusieurs heures sur les surfaces, bureaux et poignées de porte, par exemple.
Que faut-il faire en cas de contact direct avec une personne contaminée ?
EK : Il n’y a aucune raison de paniquer. La majorité des travailleurs risquent tout au plus de développer les symptômes d’une simple grippe. En outre, un contact direct avec un patient diagnostiqué ne signifie pas automatiquement une contamination. Toutes les personnes contaminées ne tombent pas forcément malades. Et si elles tombent malades, la gravité dépend de facteurs de risques, tels que l’âge et les antécédents médicaux.
Quoi qu’il en soit, en cas de contact avec une personne contaminée, je vous recommande de surveiller de près votre état de santé pendant deux semaines. Si vous constatez l’apparition de symptômes grippaux, restez chez vous, appelez votre médecin et observez une période de convalescence.

– Affirmation : « Tous les employeurs devraient adapter leur politique interne pour les groupes à risque. » Est-ce le cas ? Qui appartient à ces groupes à risque ? Et en quoi consiste ce type de politique, concrètement ?
EK : En effet, c’est un conseil que nous donnons aux entreprises, ne serait-ce que préventivement, dans le cadre d’un plan de continuité des activités ou - plus spécifiquement en cas de maladies infectieuses - d’un plan de pandémie. Ce type de politique est nécessaire pour définir des actions en vue de (1) garantir les services et de (2) protéger la santé des collaborateurs en cas de maladies infectieuses. Le public diffère d’un virus à l’autre.
Dans le cas du coronavirus, les personnes âgées s’avèrent être les plus vulnérables. Si tout le monde est susceptible d’être contaminé, la grande majorité des personnes malades ont plus de 60 ans. Il importe de prendre conscience qu’une personne de 80 ans a dix fois plus de risque de décéder des suites d’une infection à ce virus que quelqu’un de 60 ans. Le travailleur lambda (plus jeune) ne doit dès lors pas trop s’inquiéter pour sa santé.
D’autres groupes à risque sont également connus : les personnes souffrant de maladies cardiovasculaires, d’affections pulmonaires chroniques (poumons du fumeur) ou de diabète. Il semblerait que les femmes enceintes ne sont pas plus vulnérables face à ce virus, contrairement au virus de la grippe commune. Pour la grippe, il leur est recommandé de se faire vacciner pour limiter autant que possible le risque de complications.
– Affirmation : « Le coronavirus n’est pas aussi dangereux qu’on le prétend, le risque est équivalent à celui d’une simple grippe. »
EK : Il ne faut surtout pas sous-estimer le coronavirus. Toutefois, s’il ne s’agit pas d’une simple épidémie de grippe, il ne faut pas non plus verser dans l’exagération. Pour moi, les comparaisons avec la peste bubonique du Moyen Âge sont des fake news. Pour le moment, le taux de mortalité du coronavirus est de 2 %. Celui de la grippe varie selon les années : il est généralement de 0,1 %, mais connaît des pics s’approchant des 2 %.
Cela dit, la gravité de la situation est probablement surévaluée, car de nombreuses personnes porteuses du virus ne sont pas diagnostiquées, et ne présentent aucun symptôme. Il est vrai que les personnes des groupes à risque peuvent tomber gravement malades. Rappelons également qu’un vaccin existe pour la grippe commune, ce qui n’est pas (encore) le cas pour le coronavirus.
D’où l’importance de mesures préventives efficaces. Même si elles ne s’appliquent pas tant aux travailleurs moyens (personnes jeunes et en bonne santé), des mesures doivent être prises pour endiguer la propagation du coronavirus et, avant tout, protéger les personnes plus âgées.
– Affirmation : « N’utilisez pas les douches de votre lieu de travail. Le coronavirus survit longtemps dans des espaces chauds et humides. »
EK : Ce raisonnement semble logique, et fait écho aux cas de légionellose et autres foyers infectieux de bactéries se multipliant rapidement dans des milieux chauds et humides. À la différence très importante que, contrairement aux bactéries, les virus ne peuvent se développer en dehors de l’organisme. L’humidité ambiante augmente potentiellement le risque de transmission du virus lorsqu’une personne contaminée tousse, mais affirmer que les douches communes doivent être évitées serait aller trop loin. Au contraire, l’usage des douches à disposition est favorable à l’hygiène générale, et donc à la lutte contre les virus.
– Doit-on veiller à aérer suffisamment les locaux d’entreprise ?
EK : C’est toujours utile. Il n’y a pas de recommandation particulière pour cette crise. Une bonne aération est importante pour le bien-être général des travailleurs.
– Le virus peut-il être propagé par le système d’air conditionné ?
EK : Des traces du virus ont été détectées dans l’air conditionné d’un hôpital de Singapour et ont fait naître cette inquiétude. Nous ne pouvons pas tracer de parallèle dans notre pays. À Singapour, un patient était confiné dans une pièce. Des gouttelettes contaminées ont ainsi pu, à plusieurs reprises, entrer dans le système d’aération. Nous ne pouvons extrapoler et affirmer que la climatisation favorise la propagation du virus. C’est le cas d’autres maladies, telles que la tuberculose ou la rougeole, dont les germes survivent bien plus longtemps hors de l’organisme. Le coronavirus, en revanche, se transmet principalement lors de contacts directs - toux, éternuements, bisous - et, dans une moindre mesure, par contact avec des surfaces contaminées - poignées de portes et autres.
– Affirmation : « S’ils ont le nez qui coule, les travailleurs devraient rester chez eux, ou être renvoyés à la maison s’ils viennent travailler. » Ou : « Si une personne vivant sous le même toit est malade, un travailleur doit rester chez lui par précaution. »
EK : Je me dois ici de nuancer ma réponse. Tout dépend de la phase d’alerte. Quand nous pensions que l’épidémie pouvait encore être évitée en Belgique, ces mesures n’étaient peut-être pas nécessaires. Nous avons aujourd’hui dépassé ce stade. Tous les travailleurs dont la présence au travail est indispensable et qui ne présentent pas ces symptômes ne doivent pas rester confinés. Jusqu’il y a peu, les individus ayant le nez qui coule devaient eux-mêmes surveiller l’apparition d’autres symptômes. À présent, ils doivent consulter leur médecin généraliste par téléphone.
Si une personne vivant sous votre toit est diagnostiquée positive au coronavirus, je vous recommande de garder vos distances, d’éviter tout contact physique et d’utiliser des mouchoirs en papier. Ces précautions devraient suffire. Ce n’est qu’en cas de symptômes plus graves que le partenaire ou cohabitant doit également rester chez lui.
– Affirmation : « Il est inutile de vouloir agir contre le virus, il disparaîtra de lui-même avec l’arrivée de températures printanières et estivales. » Est-ce vrai ?
EK : Nous avons ici affaire à une nouvelle variante du virus, il est donc difficile de se prononcer. Jusque là, nous connaissions quatre souches du coronavirus, en circulation dans nos régions depuis des siècles. Nous constations des pics en période hivernale, suivis de périodes plus calmes et d’une disparition du virus à la fin du printemps. La même évolution à la baisse devrait se produire avec le coronavirus.
Ceci dit, les mesures prises au niveau national ont tout leur sens pour ralentir la propagation du virus et pour préserver les personnes plus âgées des lourdes conséquences de cette maladie. Nous pourrons ainsi limiter les dégâts. En outre, nous ne pouvons nous bercer d’illusions. Le coronavirus ne pourra pas être éradiqué. À mon avis, le virus va à nouveau muter, et une cinquième variante fera son apparition à la fin de l’automne ou au début de l’hiver prochain. Le coronavirus refera ensuite surface chaque année. À long terme, un vaccin efficace sera donc très utile.
– Les personnes contaminées (ou guéries) résisteront-elles mieux au coronavirus l’hiver prochain ?
EK : Probablement, oui. Ceci dit, si le virus continue de se propager dans le monde entier, il risque de muter à nouveau. Dans ce cas, même les personnes immunisées pourraient retomber malades, avec des symptômes aggravés. Si tout se passe bien, nous aurons alors développé un nouveau vaccin. L’ironie du sort veut que l’intérêt de la population diminue dès qu’un vaccin est disponible. Personne ne parle des 40 000 Belges contaminés la semaine dernière par le virus de la grippe, ou des 1 000 personnes qui décèdent chaque année des suites de ce virus commun.
– Certaines entreprises ont prévu un plan de continuité des activités, mais ce n’est pas le cas de toutes. Est-il trop tard pour élaborer un plan de ce type ?
EK : Il n’est jamais trop tard. Un plan de continuité des activités est toujours intéressant, pour toutes les entreprises et organisations. En effet, elles ont toutes à cœur de garantir leurs services à la clientèle en toutes circonstances, comme une grève nationale des cheminots. Avec un tel plan, les entreprises peuvent anticiper les conséquences pour leurs collaborateurs. Autre exemple : comment être disponible pour vos clients après un incendie dans vos locaux ?
Un plan pandémie (ou pandemic preparedness planning) est un plan de continuité spécifiquement prévu pour faire face à une crise de maladie infectieuse. Direction et service de prévention l’élaborent pour protéger au maximum la santé des travailleurs. La thématique s’est largement fait connaître en 2009, avec la grippe A (H1N1) et l’épidémie d’Ebola.
L’utilité d’un tel plan est donc avérée, à court comme à long terme.
Dans cette optique, la direction doit avant tout se concentrer sur les tâches-clés du service à la clientèle En cas de crise, les activités et processus non prioritaires peuvent attendre. Demandez-vous donc quelles activités et fonctions sont indispensables dans votre entreprise.
Lorsqu’une maladie infectieuse menace la population, la communication interne devient elle aussi cruciale. Il est primordial que tous les collaborateurs soient convaincus que leur employeur est préparé et en mesure de protéger toutes les ressources - y compris le personnel - au maximum. Au vu de la multiplication des informations relatives à l’épidémie de coronavirus dans les médias, bon nombre de travailleurs s’interrogent sur la protection que leur offre leur employeur, à eux comme à leurs clients. La population a besoin de savoir ce qu’il en est. Les entreprises doivent à tout prix communiquer, tant en interne qu’avec l’extérieur.
Le coronavirus et les audits de certification : que faire ?
- Les masques en textile sont-ils équivalents aux masques FFP2 ?
Henk Vanhoutte (auteur senTRAL pour les EPI) : Les masques en textile ne sont certainement pas équivalents aux masques FFP2 ou à d'autres types de masques buccaux. Il existe deux types de masques utilisés pour la protection contre le coronavirus :

  • d'une part, les masques médicaux (chirurgicaux) conçus pour protéger les patients d'une éventuelle contamination par des personnes extérieures, ces masques constituent une barrière à la salive du porteur, réduisant ainsi son exposition à une éventuelle contamination - ces types de masques sont des dispositifs médicaux et la norme EN 14683 fixe les exigences pour ce type de masque
  • d’autre part il y a les masques de protection (typiquement "FFP2" ou "FFP3") : ils protègent le porteur contre les risques externes, tels que les virus, et doivent répondre aux exigences de la directive 2016/425, en utilisant typiquement la norme EN 149, qui teste non seulement l'effet filtrant mais aussi la connexion au visage (il ne doit pas y avoir de fuite).

Dans les deux cas, les produits doivent être marqués CE pour prouver qu'ils sont conformes à la législation en vigueur (et donc aux exigences en matière de santé et de sécurité).
Les deux types de masques sont généralement fabriqués avec un matériau filtrant non tissé. Pour les masques médicaux, le matériau textile peut être une possibilité, mais pour offrir le même niveau de protection, il doit bien sûr être testé selon la même norme. Seuls les tissus de protection spécialisés peuvent obtenir un bon résultat aux tests. Les nombreux masques qui sont aujourd'hui fabriqués à la main à partir de divers tissus ou tricots ne répondront certainement pas à ces exigences, et n'offriront donc certainement pas la protection nécessaire contre le coronavirus.
- En tant que service interne, comment faites-vous face à la situation d'urgence actuelle et obtenez l'EPI nécessaire pour nos employés techniques et la conformité CE de l'EPI ? Il est possible de commander des masques buccaux directement en Chine, mais dans de nombreux cas, ils ne sont pas conformes aux normes CE. En principe, nous ne pouvons pas laisser passer cela, mais l'idée sous-jacente des salariés est "mieux vaut quelque chose que rien". Comment devrions-nous traiter cette question en tant qu'employeur ?
Eric Van de Plas (auteur senTRAL) : En principe, un fournisseur ne peut pas commercialiser d'EPI en Europe sans marquage CE. Il y a une différence entre ne pas être autorisé à acheter par une entreprise et de ne pas pouvoir les mettre à la disposition des employés. Pour ce dernier, l'employeur a toujours son conseiller en prévention, qui peut et doit réfléchir et conseiller. C'est ça qui est exigé par la réglementation belge, et non le label CE. En bref : pour les masques buccaux de nos jours, il est certainement justifiable d'utiliser d'autres masques que les masques CE. L'employeur ferait bien de faire examiner les masques au cas par cas par son conseiller en prévention, qui devra ensuite évaluer s'il existe des risques non autorisés.
En outre, le gouvernement lui-même encourage la fabrication de ses propres masques buccaux… La réutilisation des masques buccaux (après stérilisation...) peut également être envisagée et justifiée. Conclusion : un masque non CE sera mieux que rien. Mais continuez à suivre la situation. Évaluer et contrôler l'adéquation, le bon usage, etc.
SPF emploi : Comme on le sait, les masques buccaux sont rares, mais ils sont également réservés au secteur des soins (humains). Actuellement, les masques sont également produits par des sociétés commerciales et des bénévoles. Il s'agit d'une forme de masque "chirurgical" qui n'est pas non plus conforme à la norme EN14683 (non testé et non étiqueté). Ces masques chirurgicaux sont normalement destinés à protéger quelque peu l'environnement de l'utilisateur, et non l'inverse.
Il existe 3 types de ces masques : I, II et IIR. Ils ne s'adaptent pas bien au visage et n'offrent pas une protection complète contre l'environnement, mais ils sont capables d'arrêter les gouttelettes. Pour arrêter un aérosol biologique (bactéries et virus), un FFP2 est nécessaire, qui répond à la norme EN 149.
Les masques importés peuvent ne pas avoir de marquage CE, mais sont probablement conformes à d'autres normes similaires (pour les États-Unis, par exemple : N95 pour FFP2).
En tout état de cause, une certaine protection est préférable à l'absence de protection lorsque la distance de 1,5 mètre ne peut être respectée ou que la situation dans laquelle on travaille peut être incertaine. Elle contribue à réduire la propagation de l'infection. Les autres formes de prévention ne doivent pas non plus être oubliées (hygiène des mains, toux et éternuements, ...). Dans cette situation exceptionnelle, nous ne prêterons pas attention à un marquage si le masque est similaire à un masque portant le marquage CE et si la construction est saine.

Les masques buccaux protègent-ils vraiment contre la progression du coronavirus ?
Covid-19 : l’UE assouplit les règles pour compenser la pénurie d’EPI destinés à protéger des agents biologiques nocifs
– Que doit faire un employeur si l’un de ses travailleurs est placé en quarantaine ?
EK : Un travailleur en quarantaine dans le pays ou à l’étranger est considéré comme un cas de force majeure temporaire. L’employeur peut introduire une demande de chômage temporaire pour force majeure auprès de l’ONEm.
Ce régime offre également une solution lorsque les travailleurs sont à l’arrêt à la suite d’un approvisionnement interrompu ou retardé, empêchant la poursuite de la production.
– Les travailleurs ont-ils le droit d’invoquer le risque de contamination pour ne pas se rendre sur leur lieu de travail ?
EK : Oui, si ces travailleurs présentent un risque accru de contamination, parce qu’ils appartiennent à la tranche d’âge concernée (plus de 60 ans) ou parce qu’ils souffrent d’une pathologie chronique. Dans ce cas, je recommande aux employeurs de consulter le médecin du travail, qui pourra déterminer ce qu’il convient de faire.
- Peut-on déclarer une infection au coronavirus comme accident du travail ?
Chris Persyn (Cautius) : Bien que Fedris ait fait savoir il y a une semaine que les personnes atteintes du coronavirus qui travaillent dans le secteur des soins de santé et qui courent un risque nettement accru d’être contaminées peuvent bénéficier d’une indemnisation pour maladie professionnelle, il se peut aussi qu’une telle contamination résulte d’un accident du travail. Dans une situation de ce genre, la déclaration à l’assureur ou, dans le secteur public, à l’employeur, est non seulement possible, mais même obligatoire. Attention : la contamination n’est pas suffisante à cet effet. Il faut également pouvoir démontrer qu’un événement soudain pendant l’exécution du contrat de travail (dans le secteur public, la fonction) est survenu. Un contact avec un client ou un fournisseur qui était lui-même contaminé paraît en être l’exemple le plus évident. Si la preuve de ce contact est apportée et si celui-ci s’est produit pendant l’exécution du contrat de travail, l’assureur peut certes encore tenter de réfuter la présomption légale du lien causal entre ces deux éléments, ce qui n’est toutefois pas évident.
- Quelle est la différence entre un gel hydroalcoolique désinfectant et l’eau et le savon pour le lavage des mains ? Et comment éviter le dessèchement excessif des mains dû à une surutilisation de produits désinfectants ?
EK : Le savon reste la meilleure solution pour le lavage des mains, car il tue le virus en 40 secondes. Les gels hydroalcooliques peuvent se révéler utiles aux postes de travail où vous n’avez pas accès à l’eau courante, par exemple sur les chantiers de construction, dans les camions ou aux caisses des supermarchés. Le gel hydroalcoolique est plutôt efficace puisqu’il tue un virus en une minute. Il présente toutefois l’inconvénient de dessécher nettement plus la peau et d’irriter les mains.
L’eau et le savon restent donc préférables, le gel hydroalcoolique devant être considéré comme une bonne solution de remplacement. Après désinfection, on peut appliquer une crème hydratante, mais il faut être particulièrement vigilant et ne pas la partager avec d’autres. Le virus COVID-19 survit en effet plusieurs heures sur les surfaces, vous risquez par conséquent de contaminer d’autres personnes.
- Selon les médias, la célèbre eau de Cologne 4711 pourrait être utilisée comme désinfectant. Est-ce vrai ?
EK : Tout à fait, l’eau de Cologne peut en principe servir de désinfectant. Si la concentration en alcool est d’au moins 70 %, le produit sera efficace contre les virus et autres contaminants.
- Les fabricants de gels désinfectants pour les mains mentionnent sur leurs flacons que l’efficacité se limite à la lutte contre les bactéries. Peut-on quand même les utiliser contre les virus ?
EK : Les autorités fédérales recommandent actuellement d’utiliser votre désinfectant habituel, c’est-à-dire du savon pour les mains, du gel hydroalcoolique en solution de remplacement et des composés chlorés comme l’eau de Javel pour désinfecter les surfaces.
Mais d’autres produits peuvent aussi être utiles. Je pense par exemple à la marque Dettol, qui signale que ses produits sont efficaces dans la lutte contre le coronavirus. Je souhaiterais cependant nuancer les choses et préciser que leur efficacité a été prouvée uniquement pour les quatre souches de virus déjà connues. Nous devons donc émettre certaines réserves quant à l’allégation selon laquelle ils sont également efficaces contre le nouveau coronavirus. Cette efficacité n’est avérée que pour le savon, l’alcool et les composés chlorés.
- Est-il permis de prendre la température des travailleurs au sein de l’entreprise ? Si oui, est-ce utile ?
EK : Cette mesure a surtout été observée en Chine et dans quelques aéroports internationaux. À mon sens, l’employeur peut avoir recours à cette mesure moyennant l’accord du CPPT. Cependant, elle me semble peu utile, étant donné qu’une personne peut être contaminée et contagieuse même lorsqu’elle ne présente aucun symptôme.
Cette méthode pose en outre certains problèmes pratiques, puisqu’une distance suffisante doit être respectée entre les personnes (min. 1,5 m.). Il faut donc utiliser un thermomètre à infrarouge spécial, capable de mesurer la température à distance.
De plus, les résultats ne sont pas toujours fiables. En effet, lorsque vous venez de l’extérieur, la température de votre peau sera plus basse et votre température corporelle sera donc sous-estimée. Par ailleurs, chez les personnes qui prennent des antipyrétiques ou des anti-inflammatoires, la fièvre est maîtrisée. La prise de la température ne sert donc à rien.
Des études récentes ont d’ailleurs démontré que dix pour cent des personnes contaminées l’ont été par des personnes asymptomatiques. La mesure de la température n’est donc pas une solution sans faille.
- Quelles mesures l’employeur doit-il prendre lorsqu’une personne cohabitant avec un travailleur est infectée par le coronavirus ?
EK : Le Comité scientifique du gouvernement fédéral a indiqué que le travailleur pouvait continuer son activité tant qu’il ne présentait pas lui-même de symptôme de la maladie. À condition toutefois qu’il respecte scrupuleusement les règles de base déjà décrites en matière d’hygiène du travail. La surveillance continue d’éventuels symptômes de la maladie est également requise.
Sciensano a formulé des directives à propos de la procédure de contact à suivre entre un cohabitant infecté et le collaborateur (sain) qui travaille à domicile. Il est notamment recommandé d’utiliser, dans la mesure du possible, des chambres à coucher, salles de bain et toilettes séparées, de ne pas utiliser les mêmes couverts, de nettoyer régulièrement les surfaces à l’intérieur de la maison à l’eau de Javel et d’aérer les pièces.
- Comment, avec quels produits et à quelle fréquence le lieu de travail doit-il être nettoyé ?
EK : Un virus peut survivre plusieurs heures sur les surfaces, ce qui rend un nettoyage régulier indispensable. Des études récentes ont démontré que le virus COVID-19 pouvait rester présent deux à trois jours sur des surfaces en plastique ou en acier inoxydable. Attention : cela ne signifie pas que le virus reste transmissible aussi longtemps. Après six à sept heures, la contagiosité a en effet déjà considérablement diminué. Je recommande un nettoyage quotidien du lieu de travail : avec de l’alcool à 70 % pour les plus petites surfaces et des composés chlorés (eau de Javel, diluée à 1 %) pour les plus grandes surfaces.
- Est-il utile d’aérer du lieu de travail ?
EK : Dans tous les cas, l’aération du lieu de travail reste nécessaire et utile pour préserver une qualité d’air optimale. Dans notre précédent podcast, j’avais déjà mentionné que le virus avait été retrouvé dans le système de ventilation d’un hôpital à Singapour. Un environnement de bureau n’est bien sûr pas comparable avec un lieu dans lequel séjourne une personne gravement malade. Il est toutefois recommandé, si les lieux sont équipés de systèmes de ventilation ou d’air conditionné, de ne pas faire recirculer l’air, mais de faire entrer de l’air provenant de l’extérieur.
- Quelles sont les meilleures mesures à prendre par l’employeur en ce qui concerne les vestiaires ? Ceux-ci doivent-ils être fermés et/ou désinfectés ? Et dans ce cas, à quelle fréquence faut-il les désinfecter ?
EK : Je tiens ici à répéter mon conseil précédent, c’est-à-dire le respect des règles d’hygiène du travail et de la distanciation sociale, en particulier. Si ce n’est pas possible, la fermeture du vestiaire peut être envisagée. Cet espace doit également être nettoyé ou désinfecté tous les jours. En ce qui concerne les vêtements, aucune mesure spécifique pour leur accrochage ne doit être prévue. Le coronavirus ne survit en effet que douze heures sur les textiles et sa présence ne constitue un risque de contamination que durant les deux premières heures. Par conséquent, à la fin de la journée de travail, ce risque de contamination via les vêtements a disparu.
- Comment appliquer la distanciation sociale de la manière la plus efficace possible sur le lieu de travail ?
EK : Cela dépend beaucoup de la situation spécifique de travail. On peut ainsi s’inspirer des règles applicables dans les supermarchés, qui consistent à limiter le nombre de clients dans le magasin. Une autre possibilité est l’installation de cloisons de séparation en plexiglas entre les postes de travail ou la pose de marquages au sol à un mètre cinquante de distance. On peut également demander aux clients de privilégier le paiement électronique afin que les travailleurs ne soient plus en contact avec des espèces. Enfin, l’employeur doit également sensibiliser suffisamment ses travailleurs aux règles de distanciation sociale, y compris dans les espaces fumeurs.
- Quels conseils les conseillers en prévention peuvent-ils donner aux travailleurs à domicile, notamment en matière d’ergonomie ?
EK : Je vous renvoie aux consignes ergonomiques générales. La priorité est de régler correctement la hauteur du bureau, la distance entre les yeux et l’écran et la hauteur de la chaise. Il faut également attirer l’attention des collaborateurs sur l’importance de bouger suffisamment pendant la journée de travail. Les mesures actuelles des autorités permettent toujours la pratique d’une activité sportive à l’extérieur, dans un périmètre proche du domicile et uniquement avec un membre de la famille ou un ami.
L’utilisation correcte des logiciels et équipements appropriés, comme un casque d’écoute pour participer à des vidéoconférences, est également importante.
- Les bibliothèques publiques proposent actuellement une possibilité de retrait de matériel réservé ou de dépôt dans une boîte prévue à cet effet. Quelles sont les consignes à respecter par l’emprunteur ? Doit-il attendre quelques jours avant d’utiliser l’objet emprunté ? Les livres et CD doivent-ils être désinfectés ?
EK : Je recommande de toute façon de se laver régulièrement les mains après avoir touché un livre ou un CD, la plupart des objets étant recouverts de plastique. Le virus peut donc rester présent et infectieux pendant six à sept heures sur l’objet. Le papier et le carton sont moins favorables à la survie des virus (maximum trois à quatre heures). Après tout contact, il est recommandé de ne pas se toucher le visage pour réduire encore plus le risque d’infection. On peut aussi prévoir une période tampon de 24 heures afin de réduire significativement le risque de contagion.
- Quid des livraisons de commandes en ligne ou des véhicules partagés, comme les voitures de pool, au sein d’une entreprise ?
EK : Ici aussi, il est judicieux de prévoir une période tampon de 24 heures afin d’éliminer le risque de contamination, tout en appliquant les mesures classiques d’hygiène du travail. Cette mesure est évidemment plus difficile à mettre en œuvre lorsque deux travailleurs circulent ensemble à bord d’un véhicule de société ou d’une camionnette. Dans de tels cas, il convient d’appliquer des mesures de désinfection suffisantes et de respecter les consignes d’usage.
- Le port de masques par les particuliers (par exemple en rue) a-t-il du sens ? Quels sont les types de masques buccaux et qu’est-ce qui les différencie ?
EK : Si vous appliquez correctement le principe de la distanciation sociale (une distance minimale de 1,50 mètre), le port d’un masque buccal ne se justifie absolument pas. Le port du masque chirurgical est utile uniquement dans les hôpitaux ou dans le cadre de l’aide (de proximité) aux personnes malades, parce que vous vous trouvez à proximité immédiate des patients.
Je recommande aussi le port du masque buccal dans les lieux de travail où la distanciation sociale n’est pas possible sur le plan pratique, donc dans les situations où des personnes doivent travailler à proximité l’une de l’autre.
Seuls les masques FFP2 ou FFP3 bloquent toutes les particules virales. Le port d’un tel masque n’est cependant pas évident, car il entrave la respiration. Il ne peut en outre être porté que quelques heures. Le respect scrupuleux des instructions relatives à la fixation et au port du masque est en outre essentiel. En effet, un masque qui ne couvre pas la bouche et le nez n’a absolument aucune utilité. L’utilisateur doit aussi être attentif à ne pas se contaminer en se touchant le visage lorsqu’il retire son masque.
- Quelles sont les consignes importantes pour l’entretien des masques buccaux ?
EK : Cela dépend du type de masque. Le RIVM (L’Institut national néerlandais pour la santé publique et l’environnement) a publié sur son site web des directives concrètes concernant l’entretien des masques buccaux FFP2 ou FFP3, avec des procédures claires relatives à leur réutilisation. Dans tous les cas, il est déconseillé de réutiliser trop souvent un masque buccal (pas plus de deux à trois utilisations). En effet, il se déforme au fil du temps et ne s’adapte donc plus parfaitement au visage.
Le SPF Santé publique a également formulé des recommandations pour l’entretien des masques buccaux faits maison en tissu (par exemple en lin). Ces recommandations sont disponibles sur la page Facebook du SPF Santé. Vous y lirez notamment comment fabriquer, nettoyer et réutiliser correctement ces masques. Vous apprendrez par exemple que les masques doivent toujours être lavés à une température d’au moins 60 °C. Quant aux masques chirurgicaux en papier, ils ne sont pas réutilisables, puisque le lavage les endommage irrémédiablement.
Outre les masques buccaux, les médecins et le personnel soignant ont besoin d’autres équipements de protection. Qu’en est-il par exemple des gants et des autres vêtements de travail et de protection ?
EK : En ce qui concerne les gants, le type n’a pas énormément d’importance. Il existe des gants qui arrêtent totalement le virus, mais ils ne sont exigés que dans les laboratoires de haute technologie et pour les virus extrêmement virulents, comme Ebola, la peste ou la variole. Même dans le secteur des soins de santé, les travailleurs utilisent de « simples » gants en vinyle ou en latex. Les gants en vinyle laissent passer 63 % des particules virales.
Le coronavirus ne peut pas traverser la peau, et ne pénètre dans l’organisme que via les muqueuses de la bouche, du nez ou des yeux. Il est donc crucial d’enfiler et de retirer ces gants correctement pour ne pas se contaminer. Se laver les mains et ne pas se toucher le visage restent par ailleurs des règles de base évidentes.
En ce qui concerne les vêtements de protection, je signale que le coronavirus reste présent pendant douze heures sur le textile. Cependant, au bout de deux à trois heures, sa contagiosité (la « charge virale ») est déjà suffisamment faible. Le lavage quotidien de ces vêtements, de préférence à 60 °C minimum, est toutefois recommandé.
- Le bien-être mental est plus sensible que jamais en cette période de crise, surtout pour les travailleurs à domicile isolés. Par ailleurs, le stress monte chez le personnel soignant et chez d’autres travailleurs obligés de se rendre sur leur lieu de travail. Observez-vous une augmentation de la demande en soins psychosociaux ?
EK : Absolument. Comme les travailleurs à domicile ont moins de contacts sociaux, il est essentiel qu’ils organisent et planifient correctement leur travail. La présence constante des enfants et d’autres cohabitants peut aussi constituer une source de stress, raison pour laquelle il est recommandé de travailler dans une pièce séparée. Cela permet de maintenir une concentration optimale.
Les travailleurs dont la présence est obligatoire sur le lieu de travail, par exemple dans des secteurs de services essentiels, craignent d’être contaminés. Pour limiter l’incertitude, les services de prévention externes ont prévu des boîtes mail, des numéros d’urgence et des séances d’information afin d’apporter une réponse aux questions les plus fréquentes. Ces services ont également renforcé le soutien psychosocial apporté au personnel de soin.
- Quel conseil donnez-vous aux travailleurs qui doivent faire face à une hausse de leur charge de travail due à l’absence de leurs collègues malades ?
EK : Je voudrais souligner encore une fois l’importance du plan de continuité des activités, dont nous avons déjà parlé dans le podcast précédent. C’est indispensable dans la crise actuelle. Dans ce plan, vous définissez les tâches principales et les priorités de votre entreprise ou organisation, et celles que vous pouvez mettre en suspens pour un temps. Vous pouvez également élaborer ou affiner des procédures pour vos collaborateurs actuellement confinés. La quarantaine ne signifie pas forcément de rester sur la touche, sans travail. Même en confinement, on peut continuer à travailler.
Il est toutefois possible que la quantité de travail diminue pour l’ensemble de l’entreprise ou organisation, par exemple parce que plusieurs clients ont fermé leur bureau. Dans ce cas, je vous renvoie vers le système de chômage économique temporaire, auquel plus d’un million de travailleurs ont déjà recours en ce moment.
- La contamination par un virus dans le cadre du travail est-elle considérée comme une maladie professionnelle ?
EK : Tout à fait. Fedris (l’agence fédérale des risques professionnels) a récemment indiqué que cette situation était considérée comme une maladie professionnelle, mais avec la nuance que cela ne s’applique qu’aux professionnels de la santé. Personnellement, il me paraît sensé d’élargir ce principe à d’autres groupes professionnels, comme les travailleurs du secteur de la distribution qui sont en contact personnel et direct avec la clientèle. Attendons de voir ce que le législateur décidera à ce sujet.
Si une entreprise d’un secteur essentiel n’a pas la possibilité d’instaurer des mesures de distanciation sociale, elle doit prévoir des mesures complémentaires d’hygiène sur le lieu de travail, aussi bien collectives qu’individuelles. Exemples : installation de séparations en plexiglas, nettoyages et désinfections supplémentaires, port d’un masque buccal et de gants.
Les masques buccaux et les gants sont bien entendu cruciaux dans le secteur des soins de santé. Alors qu’au début du confinement, les autorités étaient défavorables à la fabrication et à la réutilisation de masques maison, elles se montrent actuellement beaucoup moins strictes sur ce point en raison de l’état des stocks de ces EPI. Sciensano et le RIVM néerlandais ont publié des avis sur le sujet. Le but du masque buccal n’est pas tant de se protéger des autres, mais de protéger les autres d’une possible contamination.
En ce qui concerne les gants, tous les types (vinyle, caoutchouc, latex, etc.) offrent une bonne protection contre le coronavirus. Le virus ne traverse pas la peau ; la contamination se fait exclusivement à travers les muqueuses. Il est donc très important de mettre et de retirer ses gants correctement et de se laver soigneusement les mains après en avoir porté.
- Que vaut-il mieux utiliser : un flacon (avec pompe) de gel hydroalcoolique, ou des lingettes imbibées d’alcool emballées dans du plastique ?
EK : Le meilleur détergent pour les mains reste l’eau et le savon, mais les circonstances n’en permettent pas l’usage (ouvriers du bâtiment en route vers un chantier), le gel hydroalcoolique et les lingettes humides sont de bonnes solutions de remplacement. La seule condition est que ces produits contiennent de l’alcool à 70 % minimum. Seul bémol concernant les flacons avec pompe : leur partage entre plusieurs collègues peut présenter un risque de contamination. Un risque qui disparaît lors de la désinfection des mains.
- Quelle procédure recommandez-vous pour la désinfection des véhicules utilisés quotidiennement ? Quels produits utiliser ?
EK : L’eau de Javel (dilution à 0,1 %) est le meilleur produit. L’alcool peut aussi être utilisé. Le savon reste bien entendu un excellent détergent, même s’il peut laisser des traces. Le coronavirus peut survivre deux à trois jours sur les surfaces en plastique, mais après six à sept heures, sa contagiosité diminue sensiblement. Objectivement, le facteur temps joue donc un rôle déterminant.
- Qu’en est-il de la désinfection de nos vêtements de travail ?

EK : Le coronavirus subsiste douze heures sur le textile. Cependant, après une à deux heures, sa contagiosité diminue sensiblement. Dans l’absolu, un lavage quotidien des vêtements est recommandé, même si c’est peu réaliste dans la pratique. Dans le secteur des soins de santé, le lavage quotidien des uniformes est toutefois nécessaire, en raison de la plus forte présence de foyer infectieux.
- Concernant la réutilisation d’EPI non médicaux (masques buccaux) : savez-vous s’il existe des sociétés spécialisées en Belgique ?

EK : Les fournisseurs de masques FFP2 et FFP3 peuvent réaliser des tests FIT. Vous trouverez des conseils sur la réutilisation d’EPI non médicaux sur le site web du RIVM. Consultez également votre service externe de prévention. Attention : ces masques peuvent être réutilisés trois fois maximum. Utilisés davantage, ils risquent de se déformer et de ne plus être hermétiques.
- Pensez-vous que les autorités vont bientôt recommander la mise à disposition de masques pour toute la population ? Si nous parvenons à acheter des masques, est-il préférable de les garder pour plus tard au lieu de les distribuer directement ?

EK : Dès l’assouplissement des mesures de confinement et, par exemple, le retour d’une fréquentation massive des transports en commun, il se peut que l’utilisation de masques (chirurgicaux ou maison) devienne obligatoire dans certaines conditions. Il vaut donc mieux reporter l’achat de masques buccaux pour le moment. Quoi qu’il en soit, la distanciation sociale reste la meilleure manière de se protéger et de protéger les autres.
- Les employeurs imposent souvent le port du masque et des gants sans donner de consignes précises aux travailleurs. Quel soutien les employeurs peuvent-ils obtenir auprès des SEPP ?

EK : Un dépliant d’Attentia présente clairement les instructions d’utilisation correcte des masques buccaux et des gants. Ces instructions sont également disponibles sous la forme de capsules vidéo.
- Policiers et pompiers sont parfois assis l’un à côté de l’autre dans leurs véhicules. Lors des émissions et journaux télévisés, les intervenants ne sont pas toujours installés à 1,5 m de distance.

EK : La police fédérale a interdit à ses agents de s’asseoir côte à côte dans leur véhicule de service. Le respect des règles de distanciation sociale varie toutefois fortement d’une zone de police à l’autre. Cette situation est absurde. Comment un agent de police peut-il légitimement verbaliser des ouvriers du bâtiment qui font du covoiturage pour se rendre sur chantier s’il ne respecte pas les règles ?
Si la distanciation sociale ne peut pas être observée à bord d’un véhicule, d’autres solutions peuvent être mises en œuvre, comme les séparations en plexiglas ou l’utilisation de désinfectants.
Pour ce qui est des émissions et journaux télévisés, je trouve que les règles de distanciation sociale sont pour le moment assez bien respectées.
- Lors des transports pour le compte de l’employeur, une distance d’1,5 m entre les occupants du véhicule doit être respectée. Cette règle s’applique-t-elle aussi si chacun des occupants porte un masque FFP3 ?

EK : Aujourd’hui, les masques FFP2 et FFP3 sont réservés au secteur des soins de santé, pour les patients et le personnel soignant. Dans le secteur des transports, c’est donc la règle de la distanciation sociale qui prévaut. Les travailleurs qui ne respectent pas les règles de distanciation sociale dans les véhicules risquent d’être verbalisés lors d’un contrôle de police, même s’ils portent un masque.
Si les masques devaient être à nouveau disponibles en quantité suffisante, il se peut que les autorités recommandent leur usage. Mais nous n’y sommes pas encore.
- Peut-on monter une séparation en plexiglas renforcé par un film transparent entre le chauffeur et son passager ?

EK : Une séparation en plexiglas est une bonne solution pour freiner la contamination, à condition qu’elle soit solidement fixée afin de satisfaire aux règles de sécurité en vigueur.
- Pourquoi procède-t-on à moins de tests en Belgique ? D’autres pays effectuent plus de 100 000 tests par jour. Pourquoi ne le faisons-nous pas ? Ces tests sont pourtant disponibles, non ?
EK : Actuellement, notre pays a l’intention de réaliser 10 000 tests par jour. L’Allemagne effectue plus de tests parce qu’elle dispose de beaucoup plus de matériel et que ses laboratoires ont une plus grande capacité de testing. Vu la pression qui s’exerce sur les labos partout dans le monde, de nouveaux tests sont en cours de développement afin d’augmenter les capacités. Le testing massif permettra aux chercheurs de savoir qui a été contaminé.
- Les employeurs qui proposent à leurs travailleurs (malades) de se faire dépister dans un laboratoire de type Medilab en ont-ils le droit ?
EK : Cette pratique n’est pas recommandée. Les tests rapides commerciaux sont pour le moment interdits, car leur développement et leur production ne sont pas contrôlés. Ces derniers ne sont pas fiables et peuvent donc se révéler contre-productifs s’ils servent à autoriser des travailleurs contaminés à revenir travailler avant la fin de la période de quarantaine recommandée.
- Quelles mesures devront/pourront être prises lorsque les écoles et centres de formation rouvriront ?
EK : Une chose est sûre : il y a aura un avant et un après coronavirus. Les autorités fixeront prochainement de nouvelles directives, y compris les conditions nécessaires comme le nettoyage plus régulier des bâtiments ou la réduction du nombre d’enfants par classe. On peut aussi s’attendre à ce que la réouverture des établissements scolaires se fasse progressivement : d’abord les écoles primaires, puis les écoles secondaires, et enfin les hautes écoles/universités. Ceci afin de ralentir la propagation du coronavirus.
- Pouvez-vous expliquer le débat juridique autour de la question des agents biologiques ? Lors d’une inspection par le Contrôle du bien-être au travail, l’inspecteur se base sur le livre VII du Codex (agents biologiques), n’est-ce pas ?

EK : L’arrêté royal distingue quatre groupes d’agents biologiques. Au début, je pensais que le coronavirus serait classé dans le 4e groupe de danger, en raison de l’absence de vaccin et de traitement médicamenteux, de son degré de contagiosité et de sa nocivité. Ceci vaut principalement pour les travailleurs exposés professionnellement au virus, comme les techniciens de laboratoire ou le personnel infirmier, mais peut être élargi à tous les travailleurs de Belgique. Un travailleur qui se croit contaminé est tenu d’en informer son employeur. En raison de cette obligation légale, l’employeur peut alors prendre les mesures nécessaires.
- Peut-on dire à un travailleur que son collègue est contaminé ou présente des symptômes d’infection au coronavirus ?

EK : Il est important de savoir que le RGPD instaure le principe de proportionnalité. On peut donc divulguer des informations lorsque c’est nécessaire, ce qui est le cas ici, d’après moi. En présence de maladies graves et contagieuses, la santé publique prime, et non la vie privée des individus. Par conséquent, vous pouvez informer vos travailleurs d’éventuelles contaminations, à condition de respecter scrupuleusement les règles imposées par la loi. Dans ce cadre, il est important que cette communication vise à protéger les autres travailleurs. Il est absolument impensable de soumettre les travailleurs 'suspects' à un contre-interrogatoire dans le but de détecter activement les cas de contamination. La diffusion des messages Facebook des travailleurs suspects dans l’entreprise est certainement à proscrire.
Un travailleur guéri peut-il reprendre le travail ?
- À partir de quand un travailleur 'guéri' peut-il reprendre le travail (hors personnel soignant), et à quelles conditions ?
EK : Selon les avis scientifiques qui devraient arriver (entre autres de Sciensano), un travailleur pourra reprendre le travail dès qu’il ne présente plus de symptômes de contamination, à condition que son état continue d’être surveillé. Dans le secteur des soins, un travailleur doit être asymptomatique depuis 72 heures avant de pouvoir reprendre le travail. Il doit aussi porter un masque pendant deux semaines.
Dans tous les cas, je recommande d’attendre 24 heures avant de reprendre le travail et de porter un masque si possible. Des études scientifiques récentes avancent qu’une personne contaminée reste contagieuse pendant deux semaines. Il faut en tenir compte.
- À partir de quand et jusqu’à quand une personne contaminée est-elle contagieuse ?
EK : Des études montrent qu’au moins 30 % de la population est porteuse asymptomatique du virus. La contamination se fait principalement par la toux.
- Un travailleur peut-il refuser de venir travailler par peur d’être contaminé ? Certaines personnes ne veulent plus venir travailler en raison du coronavirus. Où placer la limite ?
EK : C’est une question difficile. J’y répondrais par une autre question : la peur est-elle fondée ? En d’autres termes, le travailleur concerné est-il lui-même plus vulnérable, appartient-il à un groupe à risque ? Je conseille aux employeurs de se reporter à la phase 2 du plan catastrophe du gouvernement fédéral, qui indique de consulter son médecin traitant. Celui-ci devra évaluer si le travailleur appartient à un groupe à risque et, le cas échéant, prescrire des mesures de prévention supplémentaires.
Si le gouvernement déclare la phase 3 du plan catastrophe, le médecin du travail a l’autorisation de mettre un travailleur en chômage temporaire pour force majeure, s’il estime qu’il appartient à un groupe à risque.
Mais stricto sensu, si un travailleur ne vient pas travailler par peur d’être contaminé, cette absence est injustifiée.
 


Auteur: Roland Martens

Publié 27-04-2020

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