Environnement

Le gaz naturel leste le développement du renouvelable en Europe

Surabondant, le gaz naturel fait l'objet d'une bataille commerciale sans précédent mettant aux prises les USA et la Russie sur le champ de bataille européen. Un dossier où tous les coups semblent permis, avec une politique énergétique européenne qui ne semble même plus avoir voix au chapitre et des ENr qui vont trinquer.

Il y a peu, les Pays-Bas ont annoncé leur décision de stopper l'exploitation des champs gaziers de la mer du Nord et ainsi d'arrêter progressivement l'approvisionnement de ses voisins européens (dont la Belgique) en gaz pauvre (gaz de type L). D'aucuns y ont vu une opportunité pour faire progresser la part du renouvelable dans notre mix énergétique. C'était sans compter l'appétit sans limite de la Russie qui tente, depuis plusieurs années, de faire du territoire européen son territoire de prédilection, voire sa chasse gardée, pour écouler ses molécules de gaz. Si le principe de l'exportation de gaz russe vers l'Europe ne pose en soit aucun problème, la part prépondérante prise par ce pays dans la balance gazière européenne inquiète certains. Selon un rapport de la Commission européenne, le gaz russe couvre en effet désormais 41% de ses importations. Cette propension à se diriger vers le gaz russe tient aux conditions tarifaires intéressantes proposées par Gazprom, mais aussi à la nature des contrats qui lient les acheteurs pour de longues périodes. Loin de s'en cacher, Gazprom met en avant sans aucun complexe les avantages que lui confèrent les contrats de long terme comportant une clause interdisant formellement la fin unilatérale d'un contrat, sauf « cas de force majeure prolongé » et un réseau de gazoducs la reliant à l'Europe dont elle a le contrôle quasi total.

A cet égard, le projet de gazoduc Nordstream 2, qui vient renforcer une position déjà dominante de la Russie en Europe, inquiète particulièrement pour trois raisons : Gazprom en est l'unique actionnaire ; il est financé par cinq industriels européens majeurs de l'énergie qui constituent en quelque sorte un cheval de Troie idéal pour Moscou ; enfin, il entre par une zone qui lui permet de bénéficier d'un vide juridique que Bruxelles entendait aménager « par défaut ». L'imparfait est de mise car, entre-temps, début août, Donald Trump a décidé de mettre à exécution des sanctions économiques à l'encontre de la Russie. Un dispositif qui menace directement le projet Nordstream 2, mais qui n'aura pas nécessairement d'effet haussier sur le prix du gaz naturel. En effet, depuis plusieurs mois, les compagnies gazières américaines n'ont pas fait secret de leur intention d'augmenter de manière significative leurs exportations de gaz, et ce en augmentant la capacité de leurs infrastructures de transport de GNL et en concentrant désormais leurs développements commerciaux vers l'Europe. Le coup d'arrêt du projet russe sera donc comblé en tout ou en partie par la progression des exportations de GNL américains vers le vieux continent. En outre, comme l'ont relevé plusieurs analystes relayées par des médias européens de référence, certains groupes énergétiques européens résolument favorables à la poursuite du développement des projets russes semblent déterminés à ne pas tenir compte des sanctions américaines.

Cette situation risque donc de maintenir dans la fourchette basse le prix du gaz, mais aussi par effet de ricochet, celui d'autres énergies fossiles comme le charbon ou le fioul lourd sur le marché européen. Si le gaz consommé est avant tout essentiellement englouti par le réseau de distribution qui assure les livraisons de gaz naturel aux ménages et aux PME (93 TWh) et, dans une moindre mesure, aux industriels (41,7 TWh) et aux fournisseurs d'électricité (44,7 TWh), la persistance de prix bas pour les énergies fossiles amène aujourd'hui un nombre significatif d'entreprises et plus encore de gros consommateurs institutionnels (hôpitaux, communes, provinces, écoles...) à continuer à fonctionner avec ces énergies polluantes ou à différer toute décision de passer à des sources d'énergie alternative. Contrairement aux énergies fossiles, de nombreuses sources d'énergie renouvelables sont en effet lestées par le handicap des dépenses d'investissement sensiblement plus importantes que celles qui doivent être consenties lorsqu'on décide de fonctionner avec des énergies conventionnelles, qu'elles soient ou non fossiles (nucléaire).

Publié 24-08-2017

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