Climat et pandémie : deux difficultés futures pour les inspections du travail et les entreprises (2)

Un rapport scandinave consacré aux défis et risques futurs pour les inspections du travail et les entreprises décrit les risques et opportunités du rapide progrès technologique, de la démographie et de la mondialisation pour le bien-être au travail. Le changement climatique et la pandémie de coronavirus y sont également mis en avant, tant leur impact sur la population active est important. Quels sont les dangers et les risques inhérents à ces phénomènes et surtout, que pouvons-nous faire ?

Commençons par le changement climatique. Plus personne, ou presque, n’ose encore nier aujourd’hui que le changement climatique est une donnée réelle qui influence de plus en plus notre manière de vivre et de travailler.
Le rapport du Nordic Future of Work Group aborde ce thème sous deux angles.
D’une part, il y a l’impact direct et tangible du changement climatique au travail. Les températures sont de plus en plus extrêmes, les inondations augmentent (en raison de l’élévation du niveau de la mer), les incendies se multiplient. Les personnes qui travaillent dehors sont exposées à ces dangers, tout comme les services de secours tels que les pompiers ou la protection civile.
D’autre part, le changement climatique conduit inexorablement à d’autres manières de travailler et de consommer. L’accent est mis davantage sur l’économie circulaire et les métiers écologiques.
Dans une économie circulaire, les produits sont recyclés, valorisés, refabriqués et réutilisés. La croissance promise à ces secteurs augmentera les risques qu’ils comportent. Le secteur du recyclage est déjà fortement touché par les accidents de travail. L’exposition à des substances dangereuses dans ces secteurs est évidente.
Les métiers écologiques ne sont, par définition, pas plus dangereux que les autres, mais la prudence est de mise, car ils ont recours à des procédés et des matériaux nouveaux. Nous pensons par exemple aux secteurs de l’énergie solaire ou éolienne, le recyclage et la fabrication de voitures électriques.
Les cinq pays scandinaves appellent à la prudence et proposent les mesures suivantes :
  • enrichir et dûment documenter nos connaissances à propos du changement climatique et son impact sur le bien-être au travail ;
  • corréler systématiquement le changement climatique et les dangers/risques sur le lieu de travail ;
  • tenir compte de cette corrélation dans l’analyse des risques (pensez aux travailleurs exposés à des températures extrêmes) ;

- produire les produits verts écolabellisés (par exemple Nordic Swan en Scandinavie) dans des conditions de sécurité, car qui dit économie durable dit travail durable.
Pandémie de coronavirus
Le coronavirus et changement climatique sont liés : les personnes et les animaux cherchent de nouveaux habitats et finissent par se rapprocher de plus en plus. Dans un monde globalisé où la mobilité internationale est la norme, cette évolution pose problème. Le risque de voir des épidémies et des pandémies se déclencher est accru, ce qui augmente aussi l’exposition de certains travailleurs tels que les infirmiers ou d’autres professionnels prodiguant des soins de première ligne.
La pandémie de coronavirus a ouvert la voie vers une nouvelle manière de travailler qui comporte son lot de nouveaux dangers et risques professionnels. Au cœur de ce nouveau modèle : les outils numériques et le télétravail (surtout dans le secteur tertiaire).
Le travail à domicile est bien entendu une solution efficace pour lutter contre la propagation du virus, mais il génère aussi un conflit entre le travail et la vie privée, et efface quelque peu la frontière entre travailleurs et employeurs. L’organisation du travail et son inspection ne sont plus aux mains de la ligne hiérarchique/du management, mais du travailleur individuel. Il est même fait mention d’une individualisation des risques : les travailleurs doivent gérer le fait de travailler seul, veiller à l’ergonomie de leur poste de travail, contrôler leur temps de travail et maintenir l’équilibre entre travail et vie privée.
Tous ces constats ont mené le Nordic Future of Work Group à formuler les propositions suivantes :
  • veiller d’abord à ce que les services d’aide (personnel soignant...) soient suffisamment protégés et qu’ils disposent de tous les EPI à tout moment ;
  • le travail faisable doit être possible pour tous les types de collaborateurs (indépendants, personnes qui font du télétravail...) ;
  • contrôler dans quelle mesure l’actuelle réglementation sur le bien-être protège les travailleurs contraints de faire du télétravail pendant une longue période ;
  • garantir le lien entre employeur et travailleur de manière à ce que les personnes qui font du télétravail ne soient pas abandonnées à leur sort.


Auteur: Michiel Sermeus

Publié 21-10-2020

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