Comment concevoir ou rénover vos locaux de travail ?

« La conception des locaux de travail », voilà un sujet bien ardu… Surtout pour celui qui doit réaliser cette tâche. En effet, concevoir un local professionnel est un enjeu de taille, que cela soit financier ou stratégique, pour toute entreprise. L’aménagement des espaces va déterminer les conditions de travail, les relations entre les travailleurs et donc, la performance de l’entreprise. C’est encore plus laborieux lorsque ce sont des très petites ou moyennes entreprises. Faute de compétences techniques et de temps, les entrepreneurs se trouvent démunis face à cet enjeu considérable. Nous vous propo-sons de faire le point sur l’aménagement des locaux professionnels.

Il existe un cadre légal repris dans le Code du bien-être. Ce sont les exigences de base relatives aux lieux du travail. Son article III.1-1 précise que ce Titre « s’applique à chaque lieu destiné à com-prendre des postes de travail dans des bâtiments de l’entreprise ou de l’établissement, y compris tout autre lieu sur le terrain de l’entreprise ou de l’établissement auquel le travailleur a accès dans le cadre de l’exécution de son travail. » A quelques exceptions près – tels que les chantiers temporaires ou mobiles – cette législation s’applique à tous les lieux du travail.

En entrant davantage dans cette législation, des informations plus précises sont données. Par exemple, l’article III.1-6 donne la superficie, la haute et le volume d’air permettant aux travailleurs d’exécuter leurs tâches sans risque :
« […] les prescriptions suivantes sont appliquées :

1° les locaux ont une hauteur minimum de 2,5 m ;
2° chaque travailleur y dispose d’un espace réel minimum de 10 m³ ;
3° chaque travailleur y dispose d’une superficie libre minimum de 2 m².
L’employeur peut déroger aux prescriptions visées à l’alinéa 2, si les conditions suivantes sont toutes réunies :
1° il n’est techniquement et objectivement pas possible de respecter ces normes ou cela ne peut pas être exigé pour des raisons dûment motivées ;
2° il apparaît des résultats de l’analyse des risques que la sécurité et la santé des travailleurs ne peuvent pas être mises en danger en n’appliquant pas ces normes ou que la sécurité et la santé des travailleurs peuvent être garanties en appliquant des mesures de prévention alternatives ;
3° des mesures de prévention alternatives sont prises qui prévoient un niveau de protection équi-valent ;
4° le conseiller en prévention compétent a donné un avis préalable et le Comité a donné un ac-cord préalable sur l’analyse des risques et les mesures de prévention.
»
Pour passer au travers de cette législation quelque peu indigeste, le SPF Emploi, Travail et Concerta-tion sociale a édité des documents « traduisant » le Code. Il existe notamment une fiche « Aménagement des lieux du travail » qui résume le texte législatif par quelques mots-clés.
Une brochure a également été publiée par le SPF. Le premier bémol relevé est qu’elle date de 2013 et elle ne tient donc pas compte de la transposition du RGPT vers le Code effectué en 2017. Néan-moins, les dimensions des locaux et espaces de travail y sont repris avec quelques détails en plus, extrait :
« En pratique, les locaux de travail doivent donc avoir une hauteur minimale de 2,5 m aux endroits où du personnel est occupé ou aux endroits où des postes de travail sont installés. Si pour certaines parties des locaux, la hauteur n’atteint pas 2,5 m, ces parties ne sont pas comptées pour la détermina-tion du volume minimum ou de la superficie minimum dont chaque travailleur doit disposer.
A noter qu’il s’agit bien de dimensions minimales. Une analyse des risques doit toujours être réalisée et pourrait mettre en évidence la nécessité de plus grandes dimensions. Par exemple, cette surface minimale légale est bien insuffisante pour un travail de bureau. Elle conduit à une densité de postes de travail qui pose des problèmes psychosociaux (promiscuité, stress…). »
Après avoir parcouru ces trois textes, nous n’avons pas l’impression de vous avoir fait beaucoup avancer… Nous nous tournons vers la France pour voir si nous ne trouvons pas des informations plus pratiques.
Le premier article que nous trouvons concerne l’aménagement des espaces de travail pour encourager le collaboratif dont l’introduction est : « En réinventant vos locaux, vos postes de travail et vos es-paces de réunion, vous transformez l'organisation et la gouvernance de votre entreprise. Penser usage, exploiter la mobilité et encourager le collectif : voici les trois pans d'une stratégie d'aména-gement bien menée. »
L’idée nous plait bien, voyons ce que cela donne… Trois axes sont donc développés.
Le premier concerne l’usage des locaux. Un projet d’aménagement, pour être pertinent, doit s’effectuer en amont. Il doit intégrer les attentes et les besoins des travailleurs, considérer la taille et l’organisation des équipes, leurs modes de communication et d’interactions. Ces réflexions vont amener à créer des espaces plus ou moins ouverts et flexibles permettant aux travailleurs de s’isoler, de se réunir, …
Le deuxième axe développé est l’exploitation de la mobilité. De plus en plus d’entreprises proposent à leurs employés d’effectuer leurs tâches en-dehors des bureaux, notamment, par le télétravail. Cela sous-tend que le nombre de postes de travail disponibles au sein de l’entreprise diminue. Un des avantages est que les travailleurs ne viennent pas que pour effectuer leurs tâches mais également pour échanger.
Le troisième et dernier point est l’encouragement du collectif. Par cet axe, les dirigeants de l’entreprise souhaitent favoriser la coopération, l’intelligence collective ou encore le sentiment d’appartenance. Il faut donc prévoir des espaces communs tels que des cafétarias.
Notre réflexion avance quant à l’aménagement de locaux de travail. Néanmoins, nous ne voyons toujours pas ce qui peut être fait concrètement. C’est pourquoi nous continuons notre recherche et trouvons un outil d’aide à la conception des lieux du travail proposé par l’INRS.
L’outil s’appelle Mavimplant correspondant à « Maquette virtuelle d’implantation des locaux ». Il a été créé pour assister les responsables de TPE ou PME dans la conception des locaux en intégrant les bonnes pratiques de prévention. En effet, ce logiciel permet de construire une maquette en trois dimensions permettant de définir le meilleur scénario d’implantation possible en tenant compte :
  • D’un travail dans de bonnes conditions ;
  • De l’optimalisation de l’organisation du travail ;
  • De l’adaptation à la demande des clients ;
  • Du suivi des évolutions techniques et réglementaires ;
  • De l’amélioration la productivité.

Actuellement, pour répondre aux besoins spécifiques de chaque « métier », l’outil se décline en quatre secteurs et en deux langues (français et anglais) :
  • Les boulangers-pâtissiers-glaciers ;
  • Les garagistes (entretien et réparation automobile) ;
  • Les logisticiens (entrepôts logistiques) ;
  • Les hôteliers, cafetiers et restaurateurs.

Ces différentes versions ont été développés avec l’aide des organisations professionnelles telles que l’Institut national de la boulangerie pâtisserie et du Centre technique des métiers de la pâtisserie pour le premier secteur.
Une des forces de cet outil est de se placer au plus près du réel. Le logiciel fournit des informations sur les bonnes pratiques liées au métier. Il aide à définir des zones par type d’activité (par exemples, les bureaux, la production ou les sanitaires). Il va ensuite permettre de positionner les différents équipements en prenant attention à délimiter les accès. L’outil va établir des liaisons fonctionnelles entre les équipements (flux de matières, des déchets, raccordements, …), entre les personnes (com-munications visuelle et orale, …) ainsi qu’entre les équipements et les opérateurs (conduite, surveil-lance, maintenance, …). Cet outil permet aussi de matérialiser les voies de circulation tant à l’intérieur des bâtiments qu’à l’extérieur. Il comprend également des outils de mise en situation per-mettant de visualiser le local en mode subjectif (« comme si vous y étiez »).
Tout en laissant la liberté de décision au concepteur, le logiciel alerte lorsque les choix d’aménagement comportent des risques. Par exemples, dans un atelier de réparation automobile, le logiciel va suggérer d’éloigner l’espace de préparation des peintures de la zone de soudage pour évi-ter le risque d’explosion. Grâce au tracé des voies de circulation, il est possible de prévenir des situa-tions dangereuses en prévoyant des voies de circulation dédiées aux véhicules et aux personnes.
L’outil permet de créer différents scénarii d’implantation pouvant servir de base de discussion avec les différents acteurs du projet : architecte, travailleurs, entrepreneurs… Lorsqu’un scénario est vali-dé, il peut être édité et transmis au maître d’œuvre et à l’architecte.
Après l’avoir testé quelques minutes (voir les images ci-dessous), nous pouvons dire que Mavimplant est simple d’emploi, laisse à l’utilisateur toute l’autonomie, le guidant sans le contraindre.
Cerise sur le gâteau : Ce logiciel est libre d’accès et gratuit.
Images réalisées en quelques clics et extraites de Mavimplant
Vue 2D

Vue 3D

Vue subjective depuis un opérateur

Plus d’infos sur senTRAL :
Les exigences de base relatives aux lieux de travail dans la pratique ergonomique
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Publié 04-03-2020

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