Comment concilier travail et ramadan ?

Cette année, le mois du ramadan commencera le lundi 6 mai et se terminera le mardi 4 juin. Pendant cette période, les musulmans pratiquants jeûneront du lever au coucher du soleil. Quel est l’impact de cette pratique pour les travailleurs ? Comment gérer la situation dans votre entreprise ?
 
Pendant cette période, les travailleurs qui pratiquent le jeûne sont plus vite fatigués et moins concentrés. Bien que, du fait de la charge physique de travail, les ouvriers soient davantage concernés que les employés, des mesures préventives universelles peuvent être prises.

Même si l’employeur n’est pas tenu de tenir compte de cette période de jeûne, quelques ajustements temporaires de l’organisation du travail peuvent être facilement mis en place afin d’améliorer les conditions de travail. Notre conseil est d’instaurer un dialogue entre le conseiller à la prévention et les travailleurs concernés afin de déterminer les mesures les mieux adaptées à votre entreprise. N’hésitez pas à solliciter le médecin du travail, qui vous prodiguera des conseils personnalisés en fonction des risques présents dans votre entreprise.

Souvent, les entreprises s’abstiennent d’instaurer ces aménagements par crainte de provoquer des crispations en introduisant des mesures ciblées pour certains collaborateurs. C’est précisément la raison pour laquelle le dialogue, le respect mutuel et la communication entre toutes les parties concernées sont si importants. Ils diminuent en effet le risque d’incompréhension et assurent un déroulement optimal de cette période pour tous.


1. Horaires flexibles
Si cela est possible, vous pouvez proposer une adaptation des horaires ou une certaine flexibilité dans la prise des temps de repos durant la journée. Étant donné qu’ils ne mangent pas, les travailleurs n’auront pas nécessairement besoin d’une longue pause à la mi-journée. Vous pouvez leur permettre de fractionner leur temps de table en petites pauses réparties tout au long de la journée, ou de partir plus tôt. Vous pouvez également leur proposer de commencer plus tôt, à une heure où ils ont encore toute leur énergie.
2. Répartition du travail
Afin de prévenir les accidents, il peut être indiqué de tenir compte des éléments suivants au moment de planifier les tâches les plus risquées :
  • Programmez les travaux de grande ampleur, les tâches physiques ou qui exigent une grande concentration au début de la journée ou, si possible, en dehors de la période du ramadan.
  • Limitez autant que possible les tâches qui exposent les travailleurs à de fortes chaleurs ou prenez des mesures supplémentaires pour prévenir la déshydratation.
  • Veillez à ce que les personnes qui jeûnent travaillent toujours en équipe avec des collègues qui ne pratiquent pas le ramadan afin d’éviter les situations dangereuses ou les erreurs inhérentes au jeûne.
3. Mise à disposition d’un local adapté
Si les travailleurs qui observent le jeûne en expriment le besoin, vous pouvez mettre à leur disposition un local où personne ne boit ni ne mange.
Santé : quelques mesures
Edelhart Kempeneers, médecin du travail, attire l’attention sur quelques points importants :
  • Risque de déshydratation : les personnes qui effectuent des travaux physiques à l’extérieur courent le risque d’être gravement déshydratées. Strictement parlant, ils peuvent être exemptés du jeûne en ce sens qu’il constitue une menace pour leur santé.
  • Concernant les injections, le doute subsiste chez les médecins du travail, et aussi pour de nombreux musulmans. Les prises de sang ne posent pas problème. Les vaccinations non plus, théoriquement. En effet, seules les injections qui ont une valeur nutritive sont interdites durant le mois du ramadan. Certains imams estiment cependant que tout liquide est nutritif. Pour eux, les vaccinations sont autorisées, mais uniquement entre le coucher et le lever du soleil.
  • Tests cutanés à la tuberculine : il s’agit de tests intradermiques qui permettent de vérifier la réaction du corps aux protéines tuberculeuses. Strictement parlant, l’aiguille ne transperce pas la peau. Vu qu’aucun nutriment n’est apporté au corps, ces tests sont autorisés durant le mois du ramadan.
Diabète
L’Association néerlandaise de médecine du travail et d’entreprise (NVAB, Nederlandse Vereniging voor Arbeids – en Bedrijfsgeneeskunde) met en garde chaque année contre la combinaison néfaste ramadan – diabète. Pour les médecins d’entreprise, les travailleurs diabétiques ne devraient pas pratiquer le jeûne. Ils présentent en effet un risque aigu de dérèglement et/ou d’aggravation des symptômes dont ils souffrent déjà.

Bien que le jeûne du mois de ramadan soit une obligation religieuse, le diabète peut être une raison d’exemption légitime. Cependant, en raison du facteur psychosocial lié au respect du jeûne, de nombreux musulmans diabétiques choisissent de le pratiquer activement.
Enquête auprès des employeurs
Le NSZ, syndicat neutre des indépendants néerlandais, a mené une enquête auprès de 462 entreprises employant un ou plusieurs travailleurs musulmans pratiquant le ramadan. Septante pour cent des chefs d’entreprise interrogés disent constater une baisse de la forme physique et de l’attention de ces travailleurs. Les entreprises où les travailleurs exercent un travail physique sont les principales concernées.

Les chefs d’entreprise ont également été interrogés à propos des mesures qu’ils ont prises :
  • 61% des répondants affirment s’être concertés au préalable avec les travailleurs.
  • Les personnes qui observent le jeûne peuvent sauter la pause de midi et poursuivre leur travail afin de rentrer plus tôt chez elles. Cet aménagement concerne 18 % des entreprises interrogées.
  • Dans 6 % des entreprises ayant participé à l’étude, les employeurs autorisent leur personnel musulman qui observe le jeûne à prester moins d’heures pendant le ramadan et à rattraper ces heures le(s) mois suivant(s).
Une bonne moitié des entreprises affirment qu’il leur serait impossible de proposer un travail adapté à ses travailleurs musulmans. L’autre moitié (42%) refuse de l’envisager.

Vous trouverez davantage d'informartions sur le site du CESI

Publié 20-05-2019

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