Comment faire pour conserver les leçons tirées des accidents sur le lieu de travail ?

Après un incident / accident, les entreprises consacrent beaucoup de temps et d’énergie à réaliser une enquête et une analyse circonstanciées des faits afin d’éviter qu’ils ne se reproduisent. Les analyses de risques, les procédures et les instructions sont révisées, les collaborateurs en sont informés (une seule fois) et les activités reprennent. Mais pendant combien de temps les opérateurs de terrain retiennent-ils les leçons tirées d’un tel incident / accident ? Comment pouvons-nous faire en sorte que dans le contexte d’un personnel de terrain toujours plus âgé, les collaborateurs plus jeunes puissent tirer profit de ces leçons du passé ? Et comment faire pour que ces informations apprises soient pérennisées sur le lieu même du travail, au travers de divers supports venant remplacer la documentation sur papier ? Ce sont là des questions qu’un conseiller en prévention peut être amené à se poser et qui méritent assurément une réponse.

Comprendre notre processus de mémorisation
L’information est stockée dans notre cerveau et plus particulièrement dans la mémoire à court ou à long terme. La mémoire à court terme est la mémoire chargée de conserver les données pendant un laps de temps relativement court, qui peut varier de quelques secondes à quelques minutes. Elle ne peut en outre contenir qu’une quantité d’informations limitée, qui s’effacent automatiquement après un certain temps, qui sont repoussées en arrière-plan ou qui sont automatiquement transférées vers la mémoire à long terme. Au niveau de cette dernière, l’information est (partiellement) (ré)activée après un rappel ou l’exposition à un stimulus. La compréhension de ce processus peut nous aider à mettre les informations de sécurité à la disposition des opérateurs de terrain, par le biais de rappels. Supposons ainsi qu’un accident du travail grave impliquant une machine critique soit survenu au sein de l’entreprise. Comment faire en sorte que toute l’information analysée continue de vivre sur le lieu de travail, en réactivant cette partie de la mémoire ?
Le dépliant de sécurité
Accrochez à la machine concernée un dépliant de sécurité qui reprendra les éléments suivants :
  • un bref compte rendu de l’accident ;
  • les causes identifiées ;
  • les mesures prises.


Agrémentez le dépliant de sécurité d’une photo de l’accident imprimée au format A3 et plastifiée pour rappeler aux nouveaux venus inexpérimentés qu’un accident grave s’est produit à cet endroit. Avant de débuter leur travail, ils seront invités à parcourir l’information figurant dans le dépliant pour activer les instructions apprises et comprendre les leçons qui en ont été tirées.
En combinant instructions, visualisation, démonstration, discussion, exercice pratique et partage de l’information, ces leçons resteront ainsi parfaitement vivaces dans l’esprit des travailleurs de terrain.
Un code couleurs + une note écrite sur les machines à risques
Les codes couleur apposés (et prédéterminés) peuvent également en dire beaucoup sur les antécédents d’accident d’une machine. Un code couleur ou une note écrite apposé(e) sur une machine à risques peut ainsi indiquer que cette dernière ne peut jamais être actionnée par un travailleur ayant moins d’un an d’expérience.
Une note courte mais percutante, imprimée en grand sur un fond coloré, peut être un rappel visuel et efficace pour une étape de sécurité essentielle d’une procédure plus longue (à indiquer par exemple sur la note : n’ouvrir que lorsque l’appareil est entièrement refroidi).
Cette affiche attire automatiquement l’attention, de sorte que les travailleurs seront tentés de lire ce court texte de sécurité et d’appliquer son contenu avant de se mettre au travail.
Enfin, lorsqu’un collaborateur peu expérimenté est appelé à utiliser un tel équipement de travail critique, il devrait toujours être accompagné d’un coach interne durant sa première année de service.
Le coaching interne
En règle générale, lorsqu’ils sont face à un équipement ou un poste de travail qui a été impliqué dans un accident, les travailleurs expérimentés s’en souviennent (stimulus de la mémoire à long terme). Ils savent qu’ils doivent redoubler d’attention à cet endroit et avec cet équipement de travail. Cette sensibilisation accrue à la problématique de la sécurité peut également être mise à profit pour aider les jeunes travailleurs. Leurs collègues expérimentés peuvent en effet faire office de coach ou de mentor, et les accompagner pas à pas dans l’application de la procédure, pour leur expliquer pourquoi ils doivent suivre les étapes ou mesures dans un certain ordre. Lorsqu’un jeune travailleur doit appliquer lui-même ces étapes dans sa pratique, sous l’œil vigilant de son collègue expérimenté, et qu’il reçoit des explications sur la raison d’être des consignes, il les comprend et les retient plus facilement.
La formation de groupe régulière et répétée
Les tâches d’entretien critiques à réaliser sur les machines à risques sont incorporées à la formation de sécurité.
Ainsi, les aspects critiques de sécurité sont répétés périodiquement et de façon systématique et toutes les leçons tirées du passé peuvent être transmises à l’équipe d’entretien. Ce faisant, on évite que l’historique des incidents ne tombe dans l’oubli.
L’analyse des risques participative
Les tâches de maintenance critiques à effectuer sur des machines à risques requièrent que l’analyse des risques soit révisée plus souvent.
En discutant du sujet en groupe, en l’abordant de manière interactive et en s’informant des expériences récemment vécues au travail, des incidents anormaux ou des situations à risques, les travailleurs échangent leurs expériences et favorisent la mémorisation les leçons tirées au sein de l’équipe. Ces dernières peuvent alors être consignées dans l’analyse des risques révisée avant d’être transposées dans les formations de groupe périodiques.

Publié 12-11-2019

  75