Comment les PME gèrent-elles les risques liés au coronavirus ?

Les entreprises ont des approches très diverses en ce qui concerne le risque lié au coronavirus. Nous avons demandé à une consultante en bien-être indépendante à quels problèmes et défis elle était confrontée lors de ses visites en entreprise et quelles étaient les solutions envisageables.

Caroline Vandenbossche travaille chez BDH & CAT Consultants, un bureau de consultance qui collabore aussi avec senTRAL. Ce bureau est ainsi à l’origine des exemples récents d’analyse de risques COVID-19 et d’une check-list prévention du coronavirus (analyse des risques de dernière minute). Nous lui avons demandé ce qu’elle pensait des mesures de lutte contre le coronavirus dans les entreprises.

  • Quels problèmes liés au coronavirus rencontrez-vous lors de vos visites en entreprise ?

Caroline Vandenbossche : « Ce matin encore, j’étais dans une entreprise et je suis partie parce que personne ne portait de masque alors que les collaborateurs étaient en contact étroit. Honnêtement, je ne me sens pas à l’aise dans ces conditions ».
« Je vais surtout dans des PME, des petites structures souvent familiales. Dans ce type d’entreprise, les règles de base sont rarement suivies. Je pense notamment au port du masque, mais aussi aux règles d’hygiène de base comme la désinfection des mains. Dans les grandes usines, les grands immeubles de bureaux, les magasins ou encore les établissements horeca, la situation est probablement différente et les mesures sont mieux suivies. En règle générale, dans les entreprises où je vais, le conseiller en prévention est un volontaire choisi au hasard qui a suivi une formation de niveau 3. Dans les entreprises de moins de vingt collaborateurs, le responsable de la sécurité et de la santé sur le lieu de travail est même généralement le patron. Je constate aussi que ces entreprises sont généralement très peu soutenues par un service externe ».
- Quel rôle pouvez-vous jouer en tant que consultante externe ?
CVDB : « Ces petites entreprises n’ont pratiquement aucune aide. Une personne leur rend visite ou procède à un contrôle et leur laisse une check-list des éléments à mettre en ordre.
Mon rôle consiste alors à rencontrer le patron, le prendre par la main et lui dire, par exemple, de remplacer les serviettes par des serviettes en papier ou de prévoir du désinfectant à tel et tel endroit. »
- Comment expliquez-vous ce manque de suivi des règles de base ?
CVDB : « Les causes sont multiples. Tout d’abord, je constate que les entreprises qui ne respectaient déjà pas les règles de sécurité avant la crise sanitaire ne respectent certainement pas les mesures de lutte contre le coronavirus aujourd’hui. Mais il y a d’autres raisons. Souvent, une certaine pression du groupe empêche les individus de se protéger. Beaucoup se surestiment aussi : cela n’arrive qu’aux autres ! »
« Je constate également des problèmes dans le secteur de la construction, où de nombreuses cultures différentes se côtoient. Certaines cultures appliquent les mesures de manière moins stricte. Bon nombre de collaborateurs sont en outre psychologiquement épuisés par toutes ces mesures de lutte contre le coronavirus à domicile et au travail. Au printemps, on pensait que la crise ne serait que passagère, mais on prend désormais conscience que ces mesures resteront applicables pendant un bon bout de temps. Enfin, certains collaborateurs éprouvent des difficultés face aux changements dans leurs méthodes de travail et n’ont par exemple pas le réflexe de se laver les mains ».
- Toutes les mesures sont-elles appropriées ? Si les travailleurs ne voient pas l’utilité de certaines règles, n’auront-ils pas tendance à ne pas les suivre ?
CVDB : « Il est vrai que toutes les mesures n’ont pas la même logique. Les autorités mettent des listes standard à disposition, mais celles-ci sont destinées aussi bien aux petites qu’aux grandes entreprises. Or, toutes les entreprises sont uniques et il existe des différences importantes entre les petites et les grandes sociétés. Par exemple, il est souvent impossible d’organiser une circulation à sens unique dans les cages d’escaliers. Ce n’est d’ailleurs pas toujours de la mauvaise volonté de la part des employeurs ; bon nombre d’entre eux ne savent tout simplement pas ce qu’ils doivent faire. Les informations du gouvernement manquent parfois de clarté et les employeurs reçoivent fréquemment des messages contradictoires ».
« Je constate aussi que dans les médias et l’actualité, il est peu fait cas d’une bonne gestion de la crise par les entreprises. C’est vraiment regrettable et c’est ainsi que parfois, certaines organisations prennent des mesures totalement inutiles et insensées. Des sociétés ont par exemple fait désinfecter intégralement leur bâtiment, avec un certificat à la clé pour l’employeur (certificat facturé au prix de deux mille euros...). Mais au bout de quelques jours, la situation redevient évidemment la même qu’avant la désinfection. Cette mesure n’a donc aucun sens ! Dans ce type de situation, je propose par exemple mon aide pour établir un programme de nettoyage ».
- Les petites entreprises (qui subissent peut-être davantage de plein fouet les conséquences de la pandémie sur le plan économique) n’ont probablement pas toujours les moyens de prendre des mesures de protection.
CVDB : « C’est vrai. De nombreuses entreprises reçoivent de moins en moins de demandes d’offre, mais en attendant, elles doivent investir dans du matériel de protection comme les gels désinfectants, les serviettes en papier et les masques. Pris séparément, ces postes ne représentent pas forcément des montants élevés, mais quand on additionne le tout, c’est différent. Maintenant, il faut reconnaître aussi que certaines organisations ont triché sur les demandes de subsides au gouvernement. Cet argent devrait être utilisé pour élaborer des mesures préventives, mais ce n’est pas le cas ».
- Comment les PME gèrent-elles le coronavirus et l’analyse de risques ?
CVDB : « Globalement, j’ai le sentiment que les PME sont trop peu accompagnées, que ce soit par les autorités ou par les services externes. Pourtant, ce sont souvent des consultants IT, des entrepreneurs dans le domaine du jardinage, des électriciens... qui se rendent fréquemment chez des tiers et sont donc exposés à de nouveaux environnements et risques. Dans le secteur de la construction, plusieurs indépendants se côtoient (l’électricien travaille dans le bâtiment en même temps que le carreleur) et aucune protection n’est prévue ».
- Comment les PME pourraient-elles bénéficier d’un meilleur soutien ?
CVDB : « Les petites entreprises ont simplement besoin d’un guide pratique. Elles peuvent heureusement compter sur le soutien des fédérations professionnelles qui leur fournissent des check-lists pratiques. Mais cela ne leur suffit pas toujours et elles se tournent alors vers un consultant externe comme moi. Une collaboration entre entreprises serait une bonne chose, car elles pourraient apprendre les unes des autres ».
- Que peuvent faire les entreprises (y compris les grandes) pour renforcer le respect des mesures ?
CVDB : « Avant tout, elles doivent être claires sur les raisons pour lesquelles certaines mesures sont prises. Il faut aussi insister sur le fait que sans ces mesures, on ne pourra tout simplement plus travailler. Je pense qu’ici, un système de sanctions et de récompenses pourrait être utile ».
« Il serait également intéressant de considérer certaines mesures comme un investissement pour l’avenir de l’entreprise. Je crois que certaines mesures resteront applicables après la crise sanitaire. L’hygiène sera plus importante dans les entreprises. Elles peuvent s’y préparer en présentant les mesures actuelles comme un investissement pour l’avenir. Un message positif passe toujours mieux ».
« Enfin, je voudrais ajouter qu’il ne faut pas sous-estimer l’impact psychologique de ce virus. Sur certains lieux de travail, comme dans les écoles, les hôpitaux et les magasins, le port du masque est obligatoire toute la journée, ce qui peut avoir d’importantes répercussions sur le plan psychologique. Un accompagnement psychologique pourrait aider les gens à respecter les mesures à plus long terme ».
 


Auteur: Michiel Sermeus

Publié 12-10-2020

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