Sécurité

Culture de la sécurité #2 – La pression du temps met-elle en péril l’adoption d’un comportement sûr ?


En avril 2015, le bureau d'études de marché Ivox a réalisé pour le compte de Wolters Kluwer une enquête en ligne auprès de 2.247 travailleurs actifs en Belgique. Le sujet traité était la culture de la sécurité dont diverses facettes ont été évaluées auprès de différents groupes et secteurs professionnels.

L'un des résultats les plus frappants de l'enquête résulte du constat que 49% des répondants déclarent parfois mettre leur propre sécurité ou leur propre santé de côté afin de pouvoir terminer leur travail à temps. Mark Hoppenbrouwers précise ce résultat et avance quelques conseils pratiques.

«Parfois» est relatif

 
«Que celui d'entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première pierre (Jn. 8,7)»

Ce n'est pas parce que vous enfreignez une fois les règles de sécurité que vous prenez d'emblée des risques inconsidérés.

La notion de "parfois" est toute relative. Il arrive "parfois" qu'une seule fois soit une fois de trop. Quel est votre degré de tolérance ? S'il m'arrive de négliger "parfois" la sécurité alors que je m'occupe d'élingage à longueur de journée, cette affirmation me semble plus problématique que pour une caissière de supermarché qui ne porte pas ses chaussures de sécurité pour se rendre au magasin.

Un danger minime peut néanmoins avoir de grandes conséquences et même si le risque de voir la situation déraper est minime, vous ne devez pas la perdre de vue. Ne pas respecter la règle occasionnellement peut très vite se transformer en comportement répétitif, ce qui change bien entendu la donne. Une exposition régulière à un danger peu important augmente en effet la probabilité de concrétisation de ce même danger, avec toutes les conséquences corporelles et/ou matérielles qui peuvent en résulter.

Les facteurs ambiants sont également déterminants pour cerner la tolérance. Plus l'environnement est dangereux, plus faible est la marge admissible. L'évaluation des risques doit mettre clairement le doigt sur les phases critiques. Ces principes sont ceux mis en œuvre, par exemple, pour la surveillance dont se charge le coordinateur de sécurité sur un chantier (terrassements, localisation des structures lourdes, coulage d'un plancher de béton, etc.).

En tant qu'entreprise, vous pouvez procéder vous-même de la sorte en effectuant un contrôle double, voire triple. Vérifiez donc votre matériel au départ et à l'arrivée. Privilégiez le contrôle croisé en demandant à un collègue d'effectuer une seconde vérification. L'exécution d'une ARDM fait partie de ce type d'autocontrôle. Le travailleur doit indiquer que tout est en ordre ; si les règles sont enfreintes, il sera interpellé sur la question et confronté aux notes consignées sur l'ARDM. Les infractions sont des signaux utiles pour la ligne hiérarchique. Tel travailleur n'est pas au courant des consignes ou ne les applique pas ; dans ce cas, une formation ou un solide recadrage peut y remédier. La ligne hiérarchique doit être prête pour ce genre d'entretien. Le leadership englobe également la capacité de réagir correctement à un comportement fautif. C'est la raison pour laquelle l'entreprise doit être attentive à la formation de la ligne hiérarchique pour ce qui a trait à ce point spécifique.
 

Le temps presse ? Attention, danger !

 
Marc Hoppenbrouwers considère le résultat obtenu comme particulièrement révélateur : la sécurité est le parent pauvre lorsque le temps vient à manquer.

Toute la question est de savoir si le risque reste calculé ou non. Dans certaines circonstances, ce n'est pas tolérable. Comment en effet traduire cela dans un environnement Atex ou en présence d'une ligne haute tension, d'agents chimiques, etc. ? Quelle attitude faut-il adopter à l'égard de la qualité et des critères HACCP quand on est soumis à la pression du temps ?

Les accords conclus à propos des conséquences de cette pression temporelle sont trop peu souvent consignés officiellement. En couchant sur papier les décisions prises quant à ce qu'il faut faire lorsqu'il n'est pas possible de respecter les directives de sécurité, le dirigeant peut envoyer un signal fort à son personnel. Quelle est l'avis de la direction sur la question ? Priorité à la sécurité... en toutes circonstances ? Pourquoi ne pas l'intégrer dans votre évaluation des risques ? Les conséquences potentielles des dangers, par exemple lorsqu'on grimpe sur un échafaudage sans y être autorisé, peuvent être de divers ordres. Une fois que les risques sont connus, la procédure décrit la manière correcte d'agir ainsi que les différentes compétences. Consignez-les dans un TRACI, qui est un modèle permettant d'identifier clairement et de façon univoque l'implication des participants à un projet. Il n'y a plus de discussion et on peut alors passer à un niveau supérieur.

 
 
T = Task (celui qui exécute le travail) : en pratique, il s'agit du travailleur en personne
R = Responsible (responsable) : la ligne hiérarchique
A = Accountable (responsable final) : un dirigeant ou le chef d'entreprise
C = Consulted (consulté) : par exemple le service de prévention, ou un expert
I = Informed (informé) : par exemple le CPPT

 
Si les accords ont été consignés par écrit, la situation change fondamentalement quand l'employeur et la ligne hiérarchique veulent les nier.

En matière de prévention, la planification et la connaissance revêtent une importance essentielle

 
Cette affirmation ne dévoile que peu de choses sur la culture de la sécurité, mais Marc Hoppenbrouwers reste convaincu que l'on prend moins de risques quand il existe une politique concrète en matière de sécurité et de santé au travail : «Vos collègues ainsi que vos dirigeants veillent à votre bien-être. C'est déjà en soi une bonne préparation du travail, surtout s'il recèle des risques sérieux. Autrement dit, tous les aspects sont pris en ligne de compte dans le planning. Les mesures de prévention doivent également être choisies, élaborées et reprises dans ce dernier.»

«Par ailleurs, le manque de connaissance et la nonchalance vont toujours de pair. Il faut donc continuer à investir dans l'identification des risques. L'usage d'une ARDM vous permettra d'attirer l'attention de vos travailleurs sur la nécessité de garder constamment les risques à l'esprit.»
 

Le comportement insécurisant des collègues : est-ce une autre histoire ?

 
La même enquête a également mis en évidence le résultat suivant : 81% des travailleurs interpellent leurs collègues lorsqu'ils adoptent un comportement insécurisant.

Si cela semble contradictoire avec le résultat antérieur, c'est néanmoins un signal positif. Tout le monde a donc conscience du fait qu'il s'agit d'une attitude peu sûre et nous n'hésitons pas à apostropher le fautif. Un tel comportement requiert cependant une solide maturité – surtout pour accepter les remarques émanant de collègues.

Mais ici aussi, certains détails importants font défaut au niveau du jugement pour réellement pouvoir évaluer cette affirmation. Ainsi, la définition de c'est qu'est vraiment un "comportement insécurisant" pour les répondants n'est pas claire.

Lorsque les manœuvres fautives sont devenues routinières, il y a peu de chances de voir les collègues bouger. C'est la prise de conscience de la fatalité qu'entraîne la prise de risques qui fait réagir les gens. Quand on voit un activiste escalader une tour, les spectateurs regardent en retenant leur souffle. Mais quand un ouvrier du bâtiment grimpe sans protection sur un échafaudage branlant, il y a de fortes chances pour que nous ne le remarquions même pas. Une fois de plus, c'est la prise de conscience qu'il s'agit d'actes et de situations peu sûres qui constitue l'élément essentiel de la lutte contre les accidents et les incidents.

S’il est important de réagir à un comportement fautif, encore faut-il aussi le corriger. Pour ce faire, il importe d'abord de souligner les risques puis de rectifier le tir en précisant les mesures nécessaires, ce qui permet d'accroître les connaissances – un facteur caractéristique d'une culture de la sécurité évoluant dans le bon sens. Quand les travailleurs évaluent un risque, ils tiennent compte de leur expérience. L'accident subi par un collègue ou une blessure encourue antérieurement influencera l'appréciation de la situation, de façon négative ou positive. De même, vous avez certainement déjà expérimenté ce sentiment d'être mal à l'aise lorsque vous entamez une nouvelle tâche – une gaucherie qui, au fil du temps et de l'habitude, peut finir par virer à la témérité. Vous rappelez-vous votre nervosité lors de votre première sortie seul(e) au volant ? Pensez-vous aujourd'hui que vous conduisez bien ?

Marc Hoppenbrouwers remarque qu'après un accident, les victimes ne peuvent fournir aucune réponse sensée quant à ce qui les a poussées à ne pas porter leurs équipements de protection individuelle. Les observateurs extérieurs peuvent bien clamer "J'attends de voir !". Il est manifestement plus facile de réagir aux erreurs des collègues que de reconnaître ses propres fautes. C'est pourquoi il peut être utile de prévoir également une évaluation de vos collègues parmi les éléments à contrôler d'une ARDM.

«Votre collègue porte-t-il les EPI appropriés ? Si ce n'est pas le cas, dites-lui quelle protection fait défaut.»
La chose principale à retenir de ce résultat, c'est que nous sommes prêts à réagir à un comportement insécurisant.
 

Publié 28-09-2015

  31