Des secouristes mentaux dans une entreprise britannique

Au travail, des collègues formés en secourisme peuvent prodiguer les premiers soins en cas d'accident. Mais qu'en est-il des blessures émotionnelles ? Faut-il des « secouristes mentaux » ? Une entreprise anglaise a tenté l'expérience en l’associant à d’autres mesures d’information et de prévention. Et depuis 2014, elle a vu chuter de 75% ses cas de stress, d'anxiété et de dépression liés au travail.

Thames Water est la plus grande société britannique de fourniture en eau et de traitement d’eaux usées. Elle compte actuellement plus de 6.000 salariés. Ses secouristes mentaux, tout comme les secouristes physiques, sont une première ligne d’aide. Ils ne sont pas là pour soigner définitivement les blessures profondes. Ils sont là même si on veut simplement parler sans engagement avec un collègue, la porte devient plus facile à franchir.

Emily McGovern, secouriste mentale chez Thames Water, souligne l’importance d’une identification rapide des problèmes psychiques : « Si on les attrape tôt, il ne faudra pas forcément une thérapie ou des antidépresseurs. Avant d’en arriver là, il y a plein de choses qu’on peut changer dans son style de vie. ». Depuis quatre ans, elle souffre elle-même de stress post-traumatique, « Voir comment quelqu’un s’y prend pour m’épauler peut aussi m’aider à soutenir les autres ».

Il s’agit notamment de bannir la stigmatisation des problèmes psychologiques. Il n'y a pas de honte à se blesser physiquement au travail. Signaler ses blessures psychiques est nettement plus délicat. Il y a un risque, réel ou imaginaire, de reproches de la part des collègues et de la ligne hiérarchique. On a l’impression de remettre en cause sa crédibilité, ses capacités, ses chances de promotion ...

Chez Thames Water, la déstigmatisation implique notamment que les secouristes mentaux soient accessibles et identifiables en toute discrétion. Des feuillets distribués au personnel fournissent leurs coordonnées et les lanières de leurs badges ont une autre couleur. C'est un service bien apprécié : « L’année dernière, mes secouristes mentaux ont reçu plus que 250 personnes.» signale Karl Simons, chef de la prévention chez Thames Water. « Elles ont eu de l’aide et du soutien et elles sont restées au travail. ».

Quand il a repris le dossier « prévention » chez Thames Water en 2012, les blessures physiques n’étaient pas rares. Il a constaté qu’elles étaient en grande majorité attribuables à la distraction ou aux erreurs d’appréciation. « Quand on y réfléchit, tout dépend de la concentration. » Et il en fournit un exemple qui n’est pas très éloigné du business de son employeur : puisque la déshydratation peut réduire la concentration mentale de 20%, « donnez-leur à tous des bouteilles d’eau. Vous aurez davantage de concentration et moins d’incidents. ».

Au coeur de sa stratégie, le bien-être physique et le bien-être psychologique sont les deux faces d’une même médaille. Il souligne les impacts positifs de cette approche sur le bilan de l’entreprise, notamment par la réduction de l’absentéisme. « 80% des mesures que je prends sont neutres en matière de coûts. ».

D’autres grandes entreprises ont adopté des systèmes similaires Outre-Manche, dont une multinationale de la confiserie et une chaîne de librairies. Jusque-là, ces initiatives sont volontaires. Faut-il légiférer ? Un nombre grandissant de députés britanniques, tous partis confondus, le pensent. Et ils citent un cas de précédence. Pour les soins de santé publiques, la législation britannique insiste déjà explicitement sur la parité entre santé physique et santé mentale. Alors, pourquoi pas au travail ?

D’ailleurs, des formations externes pour secouristes mentaux sont déjà disponibles. Elles sont l’oeuvre de la principale organisation caritative britannique pour la santé mentale, Mind. Elle a créé une filiale Mental Health at Work, dont le site propose des études de cas et des ressources en ligne. Entre autres, elle fournit une série de « boîtes à outils » (toolkits) adaptées à différentes situations de santé mentale au travail.

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Publié 05-03-2019

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