Sécurité

Des travailleurs suspendus suite à des incidents de sécurité à la centrale nucléaire de Thiange

L'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) a suspendu quatre travailleurs d'Electrabel après une série d'incidents de sécurité successifs survenus à la centrale nucléaire de Tihange. Par ailleurs, l'AFCN a décidé d'imposer au personnel de suivre une nouvelle formation et a rédigé un procès-verbal consécutif aux incidents qui se sont succédé à Tihange.

Erreurs administratives

Dans le courant du mois de juillet, Electrabel, l'exploitant des centrales nucléaires de Doel et Tihange, a constaté une série d'incidents au réacteur de Tihange.
 
Selon Electrabel, il s'agissait d'infractions administratives aux spécifications techniques. Ces dernières édictent les règles que l'exploitant d'une centrale doit suivre lors de l'entretien de l'outil afin que la centrale puisse être exploitée en toute sécurité. Selon l'AFCN, l'organe de contrôle nucléaire chargé de la surveillance du respect des règles dans notre pays, il s'agissait de cinq à dix erreurs évitables relevées au cours des six dernières semaines.
 
"Ce ne sont pas des choses susceptibles de déboucher sur un accident nucléaire, mais elles sont destinées à limiter le risque en cas de dysfonctionnement. Nous voulons adresser un signal fort à Electrabel afin qu'il se ressaisisse", explique-t-on à l'AFCN.

"La centrale n'a pas été mise en péril"

L'un des incidents concernait une vanne d'isolement. Aux dires de l'AFCN, au terme d'un test, il n'était pas possible d'indiquer si la vanne était ouverte ou fermée parce que cela n'avait pas été consigné dans le journal de bord. Nele Scheerlinck, porte-parole de l'AFCN : "En conditions normales, il importe peu que cette vanne soit ouverte ou fermée; mais si un accident survient dans la centrale, elle doit être fermée pour éviter toute dispersion de la radioactivité". Electrabel souligne que la vanne est toujours restée fermée, mais que cela n'a pas pu être vérifié dans le délai requis.
 
Geetha Keyaert (Electrabel) : "Il est certain que la sécurité de la centrale n'a pas été mise en péril. Ces dispositions réglementaires sont reprises dans le permis d'exploitation et l'AFCN veille à ce qu'elles soient strictement respectées. Nous avons d'ailleurs signalé nous-mêmes, comme nous y sommes obligés, qu'une série d'incidents se sont produits au cours des dernières semaines."

Culture de la sécurité

L'AFCN resserre désormais la vis à la centrale de Tihange. Quatre opérateurs sont suspendus temporairement et privés de leur licence d'exploitation, un document qui leur permet de piloter la centrale. Ils doivent resuivre une formation et représenter les examens sous la surveillance de l'AFCN.
 
Quant à l'exploitant Electrabel, il est également tenu de réorganiser sa culture de la sécurité. Jusqu'à présent, le programme de formation portant sur les spécifications techniques était incorporé dans la formation plus large dispensée pour l'obtention de la licence d'exploitation. Désormais, il doit mettre en place un programme distinct appelé à renforcer la connaissance des spécifications techniques. Electrabel a également instauré un plan d'action qui avait déjà été approuvé précédemment par l'AFCN.

Approche proactive

Geetha Keyaert indique qu'Electrabel accepte les mesures imposées : "Pour nous, la sécurité est une priorité primordiale. Nous allons collaborer étroitement avec l'AFCN et prêter notre concours au processus."
 
Electrabel entend agir proactivement de façon à éviter à l'avenir tout problème potentiel avec ses travailleurs : "À plus long terme, nous voulons faire suivre une formation à tous nos opérateurs et à plus brève échéance, nous allons sensibiliser chacun à l'importance qu'il y a de respecter strictement toutes les dispositions réglementaires, vu les risques qui existent pour la sécurité."

Suites juridiques possibles

Electrabel n'est cependant pas à l'abri de suites juridiques. Les inspecteurs de l'AFCN ont dressé un procès-verbal qu'ils ont transmis au parquet de Huy. Ce dernier devra décider d'entamer ou non des poursuites pénales. Si ce n'est pas le cas, l'AFCN envisage d'imposer une amende administrative de plusieurs milliers d'euros. "Si la situation ne s'améliore pas, nous pouvons aussi décider de mettre la centrale à l'arrêt jusqu'à ce que nous constations un progrès", conclut Nele Scheerlinck.

Publié 25-08-2015

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