Sécurité

Douleur et apprentissage : quel impact sur la réadaptation ?

La douleur réduit-elle la capacité d’apprendre ? Si c’est le cas, cela pourrait avoir des implications pour les programmes de réadaptation au travail. Au Canada, des recherches sont en cours.

Dans une première étude, des personnes en bonne santé devaient apprendre à marcher en portant une orthèse robotisée qui appliquait de légères perturbations aux mouvements de leur cheville. Les chercheurs voulaient évaluer leur capacité à marcher normalement malgré ces perturbations. La cheville de la moitié des participants avait été badigeonnée de crème de capsaïcine, l'ingrédient actif du piment fort, afin de susciter une douleur modérée pour la durée de l'expérimentation.

Les deux groupes ont pareillement réussi l'épreuve. Dans l’immédiat, donc, la conclusion serait que la douleur n'a pas d'effet sur l'apprentissage. Mais lorsqu'ils ont repris la même tâche le lendemain, ceux qui avaient été épargnés de la capsaïcine «étaient bien meilleurs que la première journée», selon le chercheur Jason Bouffard. Ils avaient effectivement assimilé ce qu'ils avaient appris la veille. «Par contre, ceux qui avaient ressenti de la douleur repartaient de zéro. Ils n'avaient pas retenu l'apprentissage moteur.»

D'autres études sont en cours, «pour voir s'il est possible de généraliser ce qu'on observe expérimentalement à une condition de douleur clinique». La douleur influence l'activité de plusieurs structures du système nerveux central impliquées dans l'apprentissage moteur, dont le cortex moteur et la moelle épinière. En agissant sur ces structures, elle pourrait «rendre le système nerveux moins apte à encoder» ce qui a été appris. Puisque la plupart des participants à des programmes de réadaptation ont des problèmes de contrôle moteur et ressentent de la douleur, l'équipe de recherche aimerait pouvoir préciser dans quelles circonstances celle-ci modifie leur capacité d'apprendre de nouvelles manières d'agir – par exemple, manipuler des charges différemment. «Je pense que les connaissances de l'interaction entre la douleur et l'apprentissage moteur permettront d'adapter nos interventions à la prévention de la chronicité», affirme Jason Bouffard.

Publié 09-03-2016

  46