Sécurité

Etude comparative sur l’exposition des femmes et des hommes aux risques psychosociaux (France)

L’Anact a mis en évidence, sur la base de données statistiques, que femmes et hommes ne sont pas confrontés aux mêmes risques professionnels. Qu’en est-il plus spécifiquement de l’exposition aux facteurs de risques psychosociaux? Pour le savoir l’Anact a commandé à deux chercheurs d’analyser les données des enquêtes Sumer au « regard du genre ».

Dans un rapport d’avril 2014, les auteurs examinent ce que l'approche statistique permet d'établir et de préciser sur les liens entre la santé mentale, l'exposition aux facteurs psychosociaux et le genre. Retour sur les enseignements principaux de ce rapport, guidé par l’hypothèse que les « RPS ont un genre ».

Les relations entre travail et santé ont longtemps été étudiées uniquement au masculin neutre. Les deux chercheurs présentent les principaux résultats des exploitations secondaires de l’enquête Sumer 2010 principalement selon une analyse sexuée. Ils partent du principe que femmes et hommes ne sont pas confrontés aux mêmes enjeux du point de vue de leur santé et santé mentale au travail, compte tenu de leurs positions et de leurs activités différentes et hiérarchisées dans le monde du travail et hors du travail.
Les femmes confrontées à une combinaison de plusieurs risques psychosociaux
Sur la base des enquêtes Sumer 2003 et 2010, les auteurs soulignent que la probabilité des femmes d’être exposées à la tension au travail, est supérieure à celle des hommes. Un salarié est considéré comme exposé à une situation de « job strain » ou « tension au travail », s’il a dans son travail à la fois une faible latitude décisionnelle et une forte demande psychologique. La différence de probabilité entre les femmes et les hommes se réduit entre l’enquête Sumer 2003 et celle de 2010. Les autres indicateurs d’exposition aux RPS étudiés par les chercheurs, vont dans le même sens.
 
La « surexposition » des femmes aux risques psychosociaux par rapport aux hommes se vérifie dans toutes les catégories socioprofessionnelles, même si elle est un peu moins marquée dans la catégorie des employé(e)s et des cadres. Ce sont les ouvriers et les employé(e)s qui sont le plus exposé(e)s à la tension au travail et non les cadres comme on pourrait le croire.
Les familles professionnelles à prédominance féminine sont plus souvent surexposées aux RPS et ont une santé mentale dégradée
Le rapport met en évidence que les familles professionnelles à prédominance féminine, présentent à la fois une surexposition aux RPS et une santé mentale fragilisée. Les sept familles professionnelles qui présentent l’état de santé mentale le plus dégradé sont majoritairement occupées par des femmes. Quatre sont des professions d’ouvrières ou d’employées: employées de la Poste, ouvrières de l’industrie, femmes de ménage et employées de la banque. Les deux autres sont les professions intermédiaires administratives de la fonction publique et la profession de cadre de la banque.
Les professions "à bonne santé mentale" sont à prédominance masculine
À l’autre pôle du spectre des professions ventilées selon leur état de santé mentale, les dix professions déclarant la santé mentale la meilleure sont à prédominance masculine, à l’exception des infirmières. Parmi elles, les cadres de la fonction publique, ingénieurs et cadres d’industrie qui se caractérisent par une exposition faible aux RPS et une forte satisfaction au travail. Les auteurs s’étonnent d’y trouver aussi les ouvriers du bâtiment, des travaux publics et les conducteurs du transport de voyageurs.
 
Les RPS ont donc un genre. Néanmoins, on ne peut pas établir un lien systématique entre genre et santé mentale au travail. Pour exemple, les infirmières, pourtant exposées aux risques psychosociaux, ne déclarent pas une santé mentale dégradée. Les infirmières se déclarent les moins inquiètes pour leur sécurité d’emploi et les plus satisfaites globalement de leur travail. Il s’agit aussi d’une profession plus jeune que la moyenne.
 
Les auteurs invitent à la prudence dans l’interprétation des résultats des enquêtes. Ils précisent que si les femmes sont surexposées aux RPS, certaines dimensions de leurs conditions de travail et/ou de leurs conditions de vie, qui sont occultées par le questionnaire de l’enquête SUMER, pourraient jouer un rôle de fragilisation de leur santé mentale.
 
 
Le rapport est disponible dans son intégralité à cette adresse.
 
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Publié 01-12-2014

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