Heure d’hiver, heure d’été et bien-être au travail

La Commission européenne souhaite supprimer l’alternance entre l’heure d’hiver et l’heure d’été. Mais laquelle des deux garder ? Quel est le choix le plus bénéfique pour le bien-être des travailleurs ? Pour répondre à ces questions, nous avons rassemblé le point de vue de différents experts.  

La majorité des Européens – dont les Belges – souhaitent conserver l’heure d’été. La préférence des Néerlandais va en revanche à l’heure d’hiver. Des études sont donc menées en Belgique et aux Pays-Bas afin de déterminer laquelle est la plus bénéfique pour le bien-être des travailleurs et pour la santé en général. 
 

 
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Le changement d’heure est mauvais pour la santé

Le passage à l’heure d’hiver nous permet de dormir une heure en plus. Juste après cela, nous sommes donc notamment plus attentifs dans la circulation. Mais ces effets s’estompent rapidement et des conséquences négatives pour la santé se manifestent alors.

Edelhart Kempeneers, Directeur médical d’Attentia, souhaite voir disparaître au plus vite ce changement d’heure : « Les chiffres d’Attentia révèlent que peu après le passage à l’heure d’hiver, les personnes stressées le sont encore davantage (50,4 % en plus en 2017). »
Avancer nos montres d’une heure est par ailleurs encore plus dangereux. Des chercheurs américains ont en effet constaté que le risque de crise cardiaque augmente de 71 % le lendemain du passage à l’heure d’été. « Dans notre pays, on recense environ 15 000 crises cardiaques par année, soit 41 par jour en moyenne. Si l’on tient compte de cette étude américaine, nous pouvons nous attendre à 29 crises cardiaques supplémentaires le 31 mars 2019. L’impact se ressent aussi durant la semaine qui suit le changement d’heure. Le risque reste 17 pour cent plus élevé qu’en moyenne durant l’année, ce qui, en chiffres absolus, correspond à 49 crises cardiaques en plus », explique Kempeneers dans la revue flamande Knack.

Le changement d’heure affecte également la sécurité routière. Le nombre d’accidents de la route enregistrés le lendemain du passage à l’heure d’été est deux fois plus élevé. Telle est la conclusion publiée par les chercheurs dans le magazine Sleep Medicine. Selon eux, cette hausse est essentiellement imputable à l’augmentation de la fatigue. De plus, le soleil se lève une heure plus tard à l’heure d’été. « Si nous appliquons à nouveau cette constatation à notre pays, nous pouvons prédire que le lundi 1er avril 2019, le passage à l’heure d’été provoquera 105 accidents supplémentaires avec, au total, 136 victimes, dont deux morts », poursuit Kempeneers.

Stef Willems, de Vias, recommande toutefois d’éviter de choisir entre l’heure d’été et l’heure d’hiver en fonction de l’impact qu’aurait cette décision sur la sécurité routière. Selon lui, nous ne disposons en effet pas de suffisamment d’études scientifiques pour prédire comment se comporteront les gens lorsqu’il n’y aura plus de changement d’heure.  

Heure d’hiver ou heure d’été ?

Les experts s’accordent à dire qu’il est préférable de n’avoir qu’une seule et même heure tout au long de l’année. Mais quel système privilégier : l’heure d’été ou l’heure d’hiver ?
Bien que la majorité des Belges et des Européens interrogés disent préférer l’heure d’été, les spécialistes recommandent quant à eux l’heure d’hiver.

C’est en effet elle qui correspond le plus au rythme de notre horloge biologique. Si nous choisissons de garder l’heure d’été, le soleil ne se lèvera qu’à 9h45 en hiver, et nous aurons deux heures d’avance sur le temps solaire, Avec l’heure d’hiver, nous n’aurons en revanche qu’une heure d’avance sur le temps solaire. Ilse Devolder, du centre du sommeil de l’université d’Anvers, conseille donc de suivre le plus possible ce fameux temps solaire : « D’un point de vue biologique, il est préférable d’avoir de la lumière directement après le lever. Nous fonctionnerons ainsi de manière optimale. C’est au cours des premières heures de la journée que nous sommes le plus sensibles à la lumière. Par conséquent, plus nous avons eu de lumière à ce moment-là, mieux nous dormirons le soir. L’inverse se vérifie d’ailleurs aussi : plus nous restons dans un environnement éclairé – fortement ou non –, plus nous avons de manière générale de mal à nous endormir. »

Selon Marijke Gordijn, experte en chronobiologie (université de Groningue), l’heure d’hiver est également un meilleur choix pour notre bien-être psychosocial. « Le dérèglement de notre horloge biologique réduit la durée du sommeil et en détériore la qualité, mais il augmente aussi la fatigue et le risque de problèmes respiratoires. » À l’heure actuelle, environ 4 % de la population souffre de dépression hivernale. Si nous maintenons l’heure d’été, le risque de dépression augmentera également.

L’économiste Ivan Van de Cloot (Itinera Institute) termine en évoquant les conséquences néfastes de l’heure d’été sur notre productivité : « Lors du passage à l’heure d’été, les travailleurs traversent un creux. Leur productivité diminue temporairement, car leur rythme biologique est perturbé et parce qu’ils doivent se réveiller une heure plus tôt. » 

Plus d'informations sur senTRAL : 5 règles d'or pour prévenir la fatigue au travail
 

 

Publié 25-03-2019

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