L’alcool au travail... pendant le confinement

Depuis le confinement au printemps dernier, la frontière entre vie privée et vie professionnelle a eu du plomb dans l’aile et pour de nombreuses personnes, le télétravail reste à l’ordre du jour. Cette situation n’est pas sans impact sur le stress et le bien-être au travail. Le VAD (centre d’expertise flamand en matière d’alcool et autres drogues) met en garde contre l’abus d’alcool, conséquence des périodes de confinement et autres mesures de lutte contre le coronavirus. Les personnes hautement qualifiées dans la tranche d’âge de 35 à 54 ans déclarent boire davantage en cette période. Le VAD redoute les conséquences à long terme de la crise du COVID-19 sur le bien-être psychique de la population, active ou non.

Une enquête commanditée par le VAD a été réalisée sur un échantillon représentatif de mille Flamands, l’objectif consistant à évaluer l’attitude des Flamands à l’égard de l’alcool pendant le confinement.
Les répondants ont été interrogés sur la quantité d’alcool consommée, mais aussi sur leur profil social (âge, conditions de vie et niveau de formation) et sur leur état d’esprit pendant le confinement.
Afin de disposer d’un point de référence neutre avec lequel comparer la consommation pendant le confinement, le VAD a utilisé les résultats d’une enquête menée début mars, juste avant le confinement.
Une consommation en hausse ?
Précisons tout d’abord que la consommation d’alcool est restée stable pour de nombreux Flamands. On note globalement peu de différence entre la période de confinement et la période de référence en termes de nombre de verres consommés par semaine. En revanche, il apparaît clairement que la consommation est répartie sur l’ensemble de la semaine.
Une étude plus approfondie des résultats de l’enquête a néanmoins permis au VAD de constater que les chiffres modulaient ce constat et révélaient même certaines tendances étonnantes.
  • Un quart des Flamands ont consommé moins d’alcool pendant le confinement. Cette baisse n’est pas uniquement due à la fermeture des cafés et à la limitation des contacts sociaux. 35 % des personnes interrogées ont en effet déclaré qu’elles surveillaient délibérément leur consommation d’alcool durant le confinement. Autrement dit, elles étaient conscientes des risques liés à une consommation (abusive) d’alcool et faisaient preuve de prudence.
  • Un quart des Flamands ont quant à eux consommé davantage d’alcool pendant le confinement. Cette hausse est particulièrement marquée chez les personnes hautement qualifiées. L’augmentation de la consommation est de 28 % parmi les diplômés de l’enseignement supérieur et se limite à 17 % chez les personnes ayant un niveau de formation moins élevé (diplôme de l’enseignement secondaire uniquement).

Même si rien n’explique clairement ce phénomène, le VAD est d’avis que le stress, essentiellement, justifie l’augmentation de la consommation chez les travailleurs hautement qualifiés. « En temps normal déjà, les plus diplômés boivent davantage d’alcool que les personnes moins qualifiées. Mais nous constatons que leur consommation est plus élevée en cette période particulière. Pour beaucoup, le confinement est une source de stress : perte de revenus, obligation de travailler à domicile toute la journée – souvent en présence des enfants et avec l’obligation de gérer les problèmes de garderie –, solitude accrue, etc.
  • Ce facteur stress est d’autant plus crédible quand on note que 27 % des répondants de 35 à 54 ans déclarent boire « un peu plus » à « beaucoup plus » d’alcool qu’avant. Très logiquement, il s’agit de la catégorie d’âge qui a dû combiner travail, famille et suivi scolaire des enfants, ce qui a généré énormément de stress pour de nombreuses personnes. À titre de comparaison : dans la catégorie des 18-34 ans et des plus de 55 ans, ils ne sont respectivement que 19 % et 17 % à avoir augmenté leur consommation d’alcool.

Alcool et émotions
L’enquête révèle en outre que les personnes qui boivent davantage sont aussi les plus confrontées aux émotions négatives telles que le stress, la solitude, l’ennui et les tensions au sein de la famille. Ces émotions négatives risquent à leur tour d’avoir des répercussions négatives (dépression, violences domestiques...).
L’enquête établit donc un lien évident entre l’augmentation de la consommation d’alcool et la baisse de moral. « Consciemment ou non, certains boivent pour tenir le coup. Autrement dit, l’alcool est un moyen de rester maîtres de leurs émotions négatives, ce qui, à long terme, peut évidemment déboucher sur d’autres problèmes. »
Le confinement, associé au stress, aux contacts sociaux limités et à la fermeture des cafés et restaurants, est donc lié à une hausse de la consommation d’alcool à domicile. Une situation qui présente un risque majeur, car il n’est pas à exclure que les Flamands professionnellement actifs et très occupés (et principalement hautement qualifiés) adoptent de ce fait de mauvaises habitudes de consommation.
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Alcool, drogues et autres stupéfiants sur le lieu de travail

Auteur: Michiel Sermeus

Publié 21-08-2020

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