Le secteur de la construction veut opérer lui-même sa transition vers une culture de la sécurité

Il ressort des statistiques de FEDRIS que trop d’accidents du travail surviennent dans le secteur de la construction et que ceux-ci sont en général très graves. Le secteur de la construction souhaite réagir face à ces mauvais résultats en travaillant à une meilleure culture de sécurité. Renvoyer la balle à d’autres acteurs – maîtres d’ouvrage, architectes, coordinateurs de sécurité et de santé – n’est pas la bonne solution : le secteur de la construction doit prendre ses responsabilités, ce qui est une bonne chose.

Safety My Priority
Une analyse approfondie a permis de constater que contrairement à d’autres pays européens, une culture de sécurité positive fait défaut dans le secteur de la construction belge. Une campagne à grande échelle visant à améliorer la culture de sécurité dans le secteur de la construction a dès lors été mise sur pied (rapport annuel de la Confédération Construction 2017-2018). L’intégration de la sécurité dans la culture d’entreprise est le fil conducteur de cette vaste campagne de communication et de sensibilisation « Safety My Priority », destinée à conscientiser toutes les personnes impliquées dans les activités de construction. Une meilleure prise de conscience de l’importance de la sécurité doit permettre de réduire drastiquement le nombre très élevé d’accidents du travail dans le secteur de la construction en Belgique. La campagne « La sécurité au travail : faisons bloc ! » a été lancée dans cet objectif.
Rôle des différents acteurs
Selon le secteur de la construction, les éléments suivants doivent être inclus dans la mise en œuvre d’une culture de sécurité positive :
  • la direction des entreprises de construction belges a un rôle essentiel à jouer dans le développement d’une culture de sécurité positive. Ce changement au sein de l’ensemble du secteur est un long processus ;
  • les maîtres d’ouvrage ont une grande influence sur le développement d’une culture de sécurité positive, par exemple en reprenant des critères de sélection liés au développement d’une culture de sécurité positive lors des adjudications. Des informations complémentaires pourraient ainsi être demandées à chaque entrepreneur soumissionnaire sur la sensibilisation des travailleurs dans le domaine de la sécurité, sur les mesures prises pour mettre en œuvre une culture de sécurité et de comportement sûr, sur l’existence d’une politique de sanctions, sur l’organisation de formations et leur pertinence dans le cadre d’une culture de sécurité positive et de comportement sûr, sur la participation de tous les collaborateurs opérationnels – y compris ceux des sous-traitants – pour analyser des situations dangereuses, des quasi-accidents et des accidents entraînant des lésions qui ont été signalés, sur la manière dont l’entrepreneur aborde la sécurité avec ses sous-traitants, sur les exigences imposées à ces sous-traitants dans le cadre de la culture de sécurité et de comportement sûr… ;
  • les pouvoirs publics ont également un rôle important à jouer dans le développement d’une culture de sécurité positive dans le secteur de la construction par le biais de la sensibilisation et la collaboration structurelle avec les parties prenantes dans le domaine de la construction (architectes, ingénieurs, coordinateurs de sécurité et de santé, VDAB, enseignement…) ;
  • en matière d’enseignement, des formations spécifiques, qui doivent faire partie intégrante de tout programme de formation dans le domaine de la construction, peuvent améliorer la sensibilisation à la sécurité et au comportement sûr.

Quels sont les éléments importants dans le cadre de la culture de sécurité ?
Le rapport annuel 2017-2018 de la Confédération Construction permet de mettre en lumière l’immaturité de la culture de sécurité dans le secteur de la construction. Il porte sur de nombreux points, sauf sur la culture de sécurité et, par exemple, l’attitude à adopter pour une sécurité optimale dans la construction, la manière dont les choses sont abordées dans la construction et, plus spécifiquement, la priorité de la sécurité sur d’autres objectifs de l’entreprise tels que le prix ou le respect des délais d’exécution.

Des points essentiels dans le cadre de la culture de sécurité sont les suivants :
  • la relation avec les sous-traitants ;
  • des observations sur le comportement et la sensibilisation des travailleurs quant aux comportements dangereux ;
  • le fonctionnement des services de prévention ;
  • les formations sur la sensibilisation à la sécurité (le nombre de formations n’est pas déterminant) ;
  • la qualité des toolbox meetings (et non leur nombre) ;
  • les formations en vue de développer les compétences sociales comme le coaching, plutôt que des formations standard sans valeur ajoutée telles que VCA-B (un maçon n’a pas besoin de connaître la législation en matière de sécurité ni les responsabilités civiles et pénales) ou des fiches MSDS d’une multitude substances dangereuses.

Les connaissances en matière de sécurité dans le secteur de la construction sont réduites
Le rapport annuel 2017-2018 montre que les connaissances en matière de sécurité ne sont pas très développées dans le secteur de la construction. Un extrait tel que « X estime que la culture de sécurité dans une entreprise passe par l’engagement de son management à tendre vers l’objectif zéro accident » prouve bien que les parties prenantes du secteur de la construction n’ont aucune notion de ce qu’est réellement la culture de sécurité.
Affirmer qu’il est nécessaire de s’engager afin que plus aucun accident ne survienne et ainsi développer une culture de sécurité trahit une méconnaissance du secteur de la construction. Malheureusement, les accidents existent dans la construction et continueront malheureusement à se produire. La notion de zéro accident, qui n’a rien à voir ni avec la sécurité ni avec la culture de sécurité, est une utopie qui reflète une approche sans nuance de la sécurité. Elle n’offre pas la possibilité d’apprendre des accidents et une approche zéro accident non désirable dissimule de nombreux accidents dans le but d’atteindre cet objectif insensé.
Quel sens y a-t-il d’ailleurs à mesurer une culture de sécurité à l’aune d’un objectif zéro accident si de nombreux accidents graves surviennent chez les sous-traitants ? La notion de zéro accident ne donne aucune indication sur l’approche relative à la sécurité dans l’entreprise : celle-ci peut simplement avoir eu de la chance pendant plusieurs années.

Publié 11-10-2019

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