Le télétravail accroît-il le risque de présentéisme ?

On ne pouvait rêver meilleur timing : une enquête comparative avant/après confinement révèle que les télétravailleurs belges sont plutôt satisfaits de cette « nouvelle normalité » mais reconnaissent les risques inhérents à la formule.

Le cabinet d’audit BDO et le réseau HR Square ont mené au mois d’avril une enquête auprès de plus d’un millier de Belges concernant le rôle et l’émergence du télétravail dans les entreprises belges.
Il découle des résultats de cette enquête que 67 % des travailleurs n’avaient jamais pratiqué le télétravail avant la pandémie de COVID-19. Quelques mois plus tard, après l’assouplissement des mesures de confinement, pas moins de 95 % d’entre eux ont déclaré vouloir poursuivre le télétravail. Neuf travailleurs et cadres sur dix souhaitent travailler un à trois jours par semaine à domicile. Six travailleurs sur dix projettent même de télétravailler au moins deux jours par semaine. Raison principale de ce changement de mentalité : une productivité plus élevée.
Les avantages
Outre une productivité plus élevée, les travailleurs (et les employeurs) avancent plusieurs autres arguments en faveur du télétravail :
— un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée (même s’il faut souligner que la frontière tend souvent à s’estomper quand une personne travaille chez elle, surtout si elle ne dispose pas d’un bureau à part entière) ;
— des responsabilités et une autonomie accrues constituent aussi d’importants facteurs de succès ;
— le télétravail a également pour conséquence que les travailleurs sont moins susceptibles de s’absenter pour cause de maladie, ce qui a un impact positif sur les chiffres d’absentéisme dans les entreprises et les organisations. Une étude menée récemment par le prestataire de services RH SD Worx révèle qu’en mai 2020, l’absentéisme de courte durée (absence de moins d’un mois) parmi les employés (en pleine crise de COVID-19) a diminué de moitié (jusqu’à 1,17 %) par rapport à la même période l’année dernière.
Attention : s’occuper et garder de (jeunes) enfants est difficilement compatible avec le télétravail, comme de nombreux parents actifs ont pu s’en rendre compte au printemps, lorsque notre pays a appliqué une stratégie de confinement très stricte incluant la fermeture des écoles et l’obligation de télétravailler.
Le télétravail s’avère également une piste intéressante pour les travailleurs, qui sont souvent plus créatifs et productifs lorsqu’ils peuvent organiser eux-mêmes leur temps de travail. Une politique de télétravail flexible constitue en outre un outil précieux lors du recrutement de nouveaux (jeunes) collaborateurs, tout en dotant les entreprises d’une image moderne et innovante.
 
(photo: Unsplash)

Présentéisme : le revers de la médaille ?
Les enquêteurs expliquent cette diminution de l’absentéisme des télétravailleurs par la sécurité et le confort que leur procure leur environnement domestique, de sorte qu’ils sont moins enclins à consulter leur médecin pour des troubles mineurs tels qu’un léger refroidissement. Mais ce phénomène présente un inconvénient, car les possibilités de télétravail peuvent entraîner une augmentation du présentéisme – entendez du fait de continuer à travailler alors qu’on est (trop) malade et qu’il serait préférable de se reposer.
Le présentéisme implique plusieurs dangers pour la santé. Non seulement les travailleurs (malades) risquent davantage de faire un burn-out, mais il se peut en outre que leur absence pour cause de maladie dure plus longtemps. L’employeur doit aussi tenir compte d’une perte d’efficacité croissante : les collaborateurs malades qui veulent (ou doivent) continuer de travailler n’atteignent jamais leur rendement maximal.
Selon Lode Godderis, Directeur du département Knowledge, Information & Research à l’IDEWE, il est toutefois peu probable que le télétravail augmente le présentéisme : « Pour les travailleurs à mobilité réduite et souffrant de problèmes de santé mineurs, le télétravail et la liberté d’effectuer son travail à domicile peuvent offrir des possibilités concrètes pour continuer à exercer un métier qui a du sens. Le risque de présentéisme n’est pas nul, mais peut être atténué en suivant de près la situation, en procédant à un suivi et en se mettant sur la même longueur d’onde. »
L’importance d’une politique performante en matière de télétravail
Pour que le télétravail porte ses fruits, une bonne politique en la matière est indispensable. Employeurs et conseillers en prévention doivent créer un cadre clair dans lequel le télétravail peut s’inscrire. À cet effet, il convient de prendre en compte les composantes du bien-être psychosocial, telles que les ressources que sont l’autonomie, les possibilités de développement et le soutien social. Une politique claire et des accords concrets sur la disponibilité (par exemple la règle selon laquelle les télétravailleurs ne sont plus obligés d’être joignables après 18 heures), les rapports et la répartition des tâches sont essentiels à cet égard. Enfin et surtout, les employeurs doivent accorder suffisamment d’attention à la cohésion sociale avec l’équipe et les autres collègues. Car cette cohésion peut être mise à mal par une politique de télétravail trop rigide.
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Auteur: Geert Van Cauwenberge

Publié 05-10-2020

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