Les nouveaux risques et opportunités de la numérisation (2) : le travailleur flexible

Le développement de nouvelles technologies numériques modifie profondément notre manière de travailler, nos lieux de travail, nos moments de travail et notre organisation du travail. La percée de l’intelligence artificielle (IA), de la robotique de pointe, des appareils et plateformes connectés, de l’internet des objets (IoT), des dispositifs portables, des plateformes en ligne... s’accélère et nous confronte à de nouveaux défis en matière de sécurité et de santé au travail.

Sur la base des divers phénomènes de numérisation, le rapport décrit les pratiques qui pourraient devenir la nouvelle norme sur le lieu de travail de demain, mais aussi les risques qui en découlent. Lisez ici l’article sur la numérisation des situations de travail physique. Dans le présent article, nous examinons l’impact de la numérisation sur le travail de bureau et les statuts professionnels.
– Dispositifs numériques mobiles
Opportunités. Les technologies numériques mobiles sont un moteur essentiel de l’économie 24 h/24 7 j/7 qui se caractérise par la flexibilité des environnements et des horaires de travail. Les travailleurs n’ont plus besoin de se trouver au même endroit pour communiquer. La crise du COVID-19 a donné un élan supplémentaire au travail flexible, incitant les décideurs politiques à définir, en collaboration avec les organisations syndicales et patronales, les lignes directrices d’un cadre de travail flexible devenu la nouvelle norme.
Un environnement de travail flexible offre incontestablement des avantages à l’employeur comme aux travailleurs. Parmi ces avantages, on peut notamment penser à un meilleur équilibre entre le travail et la vie privée ainsi qu’à une productivité accrue (certes pas pour tous les travailleurs).
Risques. Mais le revers de la médaille, c’est que les travailleurs risquent d’être confrontés à une charge de travail accrue, à des heures de travail excessives et à une délimitation (trop) floue entre le travail et la vie privée. Le travail seul, le sentiment d’isolement, le manque de soutien collectif et le soutien moindre de l’organisation sont également des éléments préoccupants. Les ergonomes insistent aussi sur les dangers potentiels du travail flexible. Du point de vue ergonomique, les environnements de travail flexibles (à domicile) sont souvent mal aménagés. De plus, l’usage excessif des technologies mobiles peut provoquer des troubles musculosquelettiques. Des problèmes de santé tels que l’obésité, le diabète de type 2 et le cancer peuvent également survenir dès lors que la numérisation accroît le travail sédentaire.
Le travail flexible à temps plein se généralisant, les travailleurs se dispersent. Par conséquent, la surveillance et la réglementation de la santé et de la sécurité pourraient devenir plus difficiles à assurer. C’est là le grand défi auquel bon nombre d’employeurs sont désormais confrontés. Étant donné que les hiérarchies évoluent au sein des entreprises et que de nombreux travailleurs se gèrent eux-mêmes ou sont gérés à distance par l’IA, il sera probablement plus compliqué de déterminer qui est chargé de la sécurité et de la santé au travail et comment celles-ci doivent être surveillées et réglementées.
 

(photo: Unsplash- Carl Heyerdahl)
 – Plateformes de travail en ligne

Opportunités.
Les plateformes en ligne créent de nouveaux modèles d’entreprise en adaptant la demande de main-d’œuvre à l’offre. Elles facilitent l’accès des groupes cibles vulnérables au marché du travail, permettent aux travailleurs de gagner en flexibilité et aux autorités de lutter plus efficacement contre le travail non déclaré. Les plateformes en ligne proposent diverses formes de travail, généralement ‘atypiques’, ce qui crée différents types d’emplois et de nombreuses formes de tâches non conventionnelles, allant du travail hautement qualifié effectué en ligne à des services effectués chez soi ou ailleurs et gérés par l’intermédiaire d’applications en ligne.

Risques.
Mais parallèlement à ces opportunités, ces plateformes en ligne ne sont pas sans risques. En fonction de la forme de travail, les conditions de travail peuvent varier fortement. Il en va de même pour les risques liés à la sécurité et la santé au travail. Ces risques sont susceptibles d’être aggravés par les caractéristiques spécifiques des plateformes en ligne. Il peut s’agir notamment de demandes de travail urgentes, de sanctions en cas de non-disponibilité et de la fragmentation des emplois dans des tâches au contenu plus restreint et soumises à une évaluation continue (des performances).
Cette pression s’accroît encore si l’on tient compte de facteurs comme les horaires de travail irréguliers, les limites floues entre travail et vie privée, le manque de clarté sur le statut professionnel et les revenus, l’absence de possibilités de formation, l’absence de droits sociaux (indemnités de maladie ou de congés...), l’absence de représentation des travailleurs et le manque de clarté quant à la responsabilité relative à la sécurité et la santé au travail.

Conclusions : quelles sont les conditions d’une 'numérisation saine’ ?

Les technologies numériques peuvent se révéler très utiles de diverses manières pour optimiser les conditions de travail, permettre l’apparition de nouvelles formes de travail et favoriser la sécurité et la santé au travail. Mais dans le même temps, les employeurs et les travailleurs doivent rester vigilants afin que les risques ergonomiques, organisationnels, fonctionnels et liés à la sécurité ne constituent pas une menace pour le bien-être physique et mental sur le lieu de travail.

La technologie numérique n’est donc ni bonne ni mauvaise en soi. Le maintien d’un équilibre entre les défis et les opportunités qu’offre la numérisation dépend de l’application correcte des technologies et de la manière dont elles sont gérées et réglementées. Le rapport énumère par conséquent plusieurs points d’attention et propositions :
  • la mise en place d’un cadre éthique pour la numérisation, les codes de conduite et la bonne gouvernance,
  • une approche fortement axée sur la ‘prévention par la conception’, qui intègre les facteurs humains et la conception orientée vers le travailleur,
  • l’implication des travailleurs dans la conception et la mise en œuvre de toute stratégie de numérisation,
  • la collaboration entre les universités, le secteur industriel, les partenaires sociaux et les pouvoirs publics en matière de recherche et d’innovation dans les technologies numériques, afin de tenir compte des aspects humains,
  • un cadre réglementaire pour définir clairement les obligations et les responsabilités en matière de santé et sécurité au travail concernant les nouveaux systèmes et les nouvelles méthodes de travail,
  • un système éducatif adapté et une formation adaptée pour les travailleurs,
  • la fourniture de services de SST efficaces à tous les travailleurs du monde numérique du travail.

Auteur: Geert Van Cauwenberge

Publié 06-10-2020

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