Sécurité

Maux du travail : des facteurs culturels ?

Le taux des douleurs professionnelles du dos, du cou et des épaules serait jusque 14 fois plus élevé dans certains pays européens que dans d'autres. Pourquoi ? Au Danemark, un professeur anglais a esquissé une réponse à cette question.

En Europe, le mal au dos, au cou et aux épaules est la cause la plus fréquente des absences pour cause de maladie, et ses coûts directs équivalent à jusque 2 pour cent du produit intérieur brut de certains pays.
Fin septembre, un expert sur les problèmes musculosquelettiques professionnels, le professeur anglais David Coggon, était l’invité du Centre national danois pour la recherche sur l’environnement du travail (NFA).
Selon une information publiée par le NFA, le professeur Coggon a déclaré que, hormis les causes physiques connues de ces maux (levage de charges lourdes etc.), «nous savons aussi que les douleurs dans les muscles et les membres peuvent être liées à l’environnement psychique du travail, comme par exemple une combinaison d’exigences élevées et d’influence faible, ou bien une manque de soutien de la part des collègues. Et enfin, nous savons que la dépression, l’espérance de santé et une mauvaise santé mentale peuvent contribuer à augmenter le risque d’atteintes aux muscles et au squelette. Mais ce n’est qu’une partie de l’explication... »
 
Que pourrait-il donc y avoir d’autre ? Selon le reportage danois, le professeur a «fait référence à une grande enquête parmi 12.426 personnes de 47 groupes professionnels dans 18 pays». A en juger par ces chiffres, il doit s’agir du projet CUPID, une étude internationale des influences culturelles et psychosociales sur les handicaps, dont la première publication date de 2012. Et effectivement, le prof. Coggon dirigeait ce projet.
 
A Copenhague en septembre, il en aurait commenté les résultats dans des termes assez dramatiques : «Nous avons constaté que la prévalence de douleurs aux épaules, au cou et au dos n’était pas du tout prédisible, mais qu’elle variait par un facteur de 14 d’un pays européen à l’autre. Même à l’intérieur d’un seul groupe professionnel, par exemple les employés de bureau ou les infirmières, il y avait une grande variation entre les pays. En plus, nous avons pu voir qu’il y avait de grandes différences en fonction de, parmi d’autres, le sexe et l’âge des concernés.» Par la suite, il aurait évoqué une théorie récente que les attentes de douleur dans une certaine population ont une influence sur son expérience de la douleur.
 
De là à dire que ces douleurs sont en partie imaginaires, il n’y a qu’un pas. Un faux pas, sans doute, et le professeur évite soigneusement de le faire. Mais il constate une forte influence culturelle. Au fait, même s’il est vrai que CUPID a démontré de grandes différences entre pays européens, la plupart des pays examinés se trouvent sur d’autres continents. Se basant sur des questionnaires détaillés, CUPID conclut à «de grandes différences de facteurs de risque psychosociaux (y compris les connaissances et les croyances au sujet des maladies musculosquelettiques)» d’un groupe professionnel à l’autre et d’un peuple à l’autre.
 
En septembre, le professeur en a fourni un exemple concret : «Si l’on compare la prévalence du mal au bras chez des personnes exécutant du travail manuel et du travail de bureau en Inde, en Asie et en Grande-Bretagne, il s’avère que les Européens et les Asiatiques font état de beaucoup plus de douleurs que les salariés indiens, qui n’en font quasiment pas mention. Ce qui est remarquable, c’est que si on interroge des Indiens qui travaillent manuellement ou dans des bureaux en Grande-Bretagne, c’est autre chose. Ils ont autant de douleurs que les Britanniques.»
 
D’où il tire une conclusion pertinente mais très provisoire pour la prévention : «Les approches traditionnelles ergonomiques à la prévention ou la réduction de la douleur, par exemple en réglant les chaises et tables de bureau, ne semblent pas être efficaces. Les résultats ne sont pas les mêmes que s’il s’agissait de l’amiante. Si on enlève l’amiante, le problème est résolu. Ce n’est pas le cas des atteintes musculaires et squelettiques. Tellement de questions restent sans réponse. Entre autres, nous aimerions savoir plus clairement à quel âge et de quelle manière on jette les bases de nos attentes de douleur.»

Publié 30-10-2015

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