Pas d’e-mails après les heures de travail pour le personnel de Lidl

« Être constamment joignable est un problème fortement sous-estimé. Les autorités doivent imposer la conclusion d’accords concernant la déconnexion », estime Hans De Witte, psychologue du travail. Lidl donne déjà le bon exemple, puisqu’à compte du 1er septembre, les membres de son personnel ne pourront plus recevoir d’e-mails après 18 heures. Il sera toujours possible d’envoyer des courriers électroniques, mais ceux-ci n’arriveront dans la boîte du destinataire que le lendemain à 7 heures. De même, les messages envoyés le week-end n’arriveront que le lundi matin. Cette mesure ne concerne cependant que les e-mails internes. « Nous donnons ainsi à nos collaborateurs la possibilité de réellement déconnecter », explique dans un communiqué de presse Julien Wathieu, le porte-parole de la chaîne de supermarchés, qui entend ainsi garantir un meilleur équilibre travail-vie privée.

Un besoin élevé

Une étude du Serv, le conseil socio-économique de Flandre, a révélé que la moitié des travailleurs du nord du pays restent souvent voire toujours joignables en dehors des heures de travail. Elle a également démontré que les personnes qui sont systématiquement joignables en dehors des heures de travail éprouvent davantage de stress. L’an passé, les chiffres publiés par le prestataire de services RH Securex indiquaient déjà qu’en l’espace de cinq ans, le nombre de trentenaires qui s’absentent du travail pendant plus d’un an avait doublé. Cet absentéisme est en grande partie lié à des maladies d’origine psychologique, comme les angoisses, la dépression et le burn-out.  

Le droit de déconnecter

C’est la raison pour laquelle les autorités fédérales ont, depuis avril 2018, inscrit la concertation concernant la déconnexion et l’utilisation des moyens de communication digitaux à l’ordre du jour du comité pour la prévention et la protection au travail (CPPT). Dans les entreprises qui tombent sous le champ d’application de la loi sur les CCT, l’employeur est tendu d’organiser une telle concertation – à intervalles réguliers. Celle-ci a pour but « d’assurer le respect des temps de repos, des vacances annuelles et des autres congés des travailleurs et de préserver l’équilibre entre le travail et la vie privée ». L’employeur a l’obligation d’inscrire ce point à l’ordre du jour chaque fois que les représentants des travailleurs au sein du Comité le demandent. Le Comité peut formuler des propositions et émettre des avis sur la base de cette concertation. Les accords qui en découlent peuvent être intégrés dans le règlement de travail ou dans une CCT. 

« Cette concertation obligatoire au sein du comité de prévention est un signe de faiblesse de la part de nos dirigeants », estime Hans De Witte, professeur en psychologie du travail à la KU Leuven. « Comparez la situation au tabagisme. Si les autorités avaient décidé, il y a des années de cela, de ne faire que parler – ce que voulait l’industrie du tabac –, elles auraient été accusées de négligence. Fumer est en effet extrêmement nocif. Le problème de la joignabilité constante n’est en rien différent : cela a de lourdes conséquences en termes de santé. Je considère qu’elle force les gens à ne pas respecter leurs limites. Les travailleurs font un burn-out parce qu’ils sont incapables de récupérer. Nous ne sommes pas des machines. Les gens doivent avoir la possibilité de recharger leurs batteries. Pas moyen de faire autrement ! Le fait de se contenter de débattre de la question est donc insuffisant. Lors d’une discussion, tous les partenaires ne sont pas aussi forts l’un que l’autre. Les autorités doivent mettre en place un cadre plus strict qui défende mieux les plus faibles. Par exemple en imposant la conclusion d’accords. »

Interruption des e-mails chez Lidl

« Nous introduisons cette pause dans le trafic interne de mails pour respecter encore plus le temps libre des employés et améliorer l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. Les personnes qui le souhaitent gardent la possibilité d’envoyer des mails, mais, de cette manière, personne ne se voit obligé de s’occuper de questions professionnelles après les heures de bureau », explique Julien Wathieu, porte-parole de Lidl, dans un communiqué de presse.
 
À noter que seuls les mails internes de Lidl Belgique et Luxembourg seront mis en pause. Les mails provenant de l’extérieur seront encore acheminés. Une exception est également faite pour certains départements et pour certaines fonctions, comme le service client, les livreurs, les receveurs dans les centre de distribution et les porte-paroles.

Pobos, un centre de conseils spécialisé dans le burn-out et les traumatismes, accueille favorablement la mesure de Lidl. « Le droit à la déconnexion et le sentiment de relaxation qui l’accompagne sont essentiels pour arriver à se détendre mentalement. Le fait d’envoyer des mails après les heures de travail peut être la source d’un stress accru, ce qui peut mener à un burn-out. L’esprit doit avoir le temps de se rétablir et de récupérer d’une journée pleine de stimulus. Une mesure comme celle de Lidl peut certainement contribuer à un équilibre entre vie professionnelle et vie privée plus sain, surtout pour les personnes qui ont du mal à respecter leurs propres limites », conclut Anouck Heulot, psychologue chez Pobos, centre de conseils pour les burn-outs et les traumatismes.

Plus d'information sur senTRAL: 
CPPT : la déconnexion ou le droit au silence… (art. 15-17 Loi croissance économique et cohésion sociale)
 

Publié 07-09-2018

  7