Sécurité

Pénurie de capacité de stockage pour les déchets nucléaires

Suite à la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires de Doel et Tihange, la place commence à manquer pour entreposer les barres de combustible usagé. Un espace de stockage complémentaire devrait être opérationnel d’ici quatre ans.

Encore plus d’uranium

Actuellement, près de 3 260 tonnes d’uranium sont entreposées sur les sites des centrales nucléaires de Doel et Tihange. Il s’agit des barres de combustible irradié provenant des réacteurs nucléaires dont Synatom (la filiale d’Electrabel qui gère les matières fissiles) n’a pas encore décidé ce qu’elle allait en faire. Pour l’instant, l’uranium reste donc stocké à proximité immédiate des centrales.
 
La consommation annuelle d’uranium des centrales nucléaires belges s’élève à 120 tonnes. Suite à la prolongation pour dix ans de la durée de vie de Doel 1 et 2 ainsi que de Tihange 1, cette masse s’accroîtra encore de 370 tonnes supplémentaires – soit un volume n’ayant pas été pris en compte pour dimensionner la capacité de stockage des centrales nucléaires.

L’espace de stockage ne suffit pas

Dans sa réponse à une question écrite déposée par Kristof Calvo, chef de groupe Groen, la ministre de l’Énergie Marie-Christine Marghem (MR) confirme que l’espace de stockage actuel ne suffit pas. Plusieurs études ont été lancées il y a un certain temps déjà pour bâtir de nouvelles installations. Celles-ci devraient entrer en service « au début de la prochaine décennie ».
 
Une autre possibilité serait de voir Niras, l’organisme public responsable des déchets nucléaires, reprendre les barres de combustible – mais Niras n’envisage pas cette option pour l’instant.
 
Tout dépend aussi du statut définitif qui sera finalement attribué aux barres de combustible usagé. Pour l’instant, celles qui sont provisoirement stockées à Doel et Tihange sont elles-mêmes en attente d’une décision définitive.
 
Tôt ou tard, Synatom va devoir prendre une décision : soit céder les barres à Niras à titre de déchets radioactifs, soit les faire recycler – « retraiter » – par l’usine française de La Hague avant de les réutiliser. Aucune de ces deux options n’est cependant exempte de problèmes.

Transport

La Belgique applique depuis 1993 un moratoire sur le retraitement du combustible irradié, notamment sous la pression des opposants au transport des déchets dangereux au travers de zones densément peuplées. La ministre Marghem avertit en outre que l’aval du parlement est nécessaire pour reprendre les transports vers La Hague.
 
Une réflexion approfondie a déjà été menée sur un stockage définitif dans les couches d’argile profondes, mais aucune décision n’a encore été prise. « La Belgique doit encore définir sa stratégie en ce qui concerne l’entreposage définitif des déchets hautement radioactifs à longue durée de vie », précise la ministre Marghem dans sa réponse à Kristof Calvo.

Sortie du nucléaire

En prévoyant l’aménagement de capacités de stockage supplémentaires à Doel et Tihange, le secteur nucléaire s’octroie un répit supplémentaire, sans toutefois pouvoir se reposer sur ses lauriers. Jean-Paul Minon, directeur général de Niras, a récemment averti qu’il était grand temps de prendre une décision afin que la sortie du nucléaire puisse se dérouler dans de bonnes conditions entre 2022 et 2025.
 
« La sortie du nucléaire est légalement fixée à 2025. Combien de temps après 2025 ces tonnes d’uranium vont-elles encore devoir rester sur les sites de Doel et Tihange ? », se demande Kristof Calvo. « La prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires rend l’avenir financier incertain, y compris pour Synatom. »

Source : De Standaard, Kerncentrales krijgen afval niet meer gestockeerd, 27 juin 2016
 

Publié 05-07-2016

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