Sécurité

Prenne #37: La langue des signes pour construire des échafaudages

Lors de la construction ou du démontage d'échafaudages, de nombreux matériaux sont transportés et cela occasionne, en cas de communication incorrecte imprécise à cause desquelles les personnes ne se comprennent pas, de grands risques de blessures pour les travailleurs si ces matériaux sont déplacés trop rapidement ou trop lentement. La communication et les instructions revêtent alors une importance cruciale. Christiaan Goeman et Ereik De Mulder ont choisi une voie différente de celle que nous considérons comme naturelle. Ils pallient l'inconvénient de la multiculturalité grâce à la langue des signes.

Les accidents du travail dans la construction

Les chutes de hauteur, aussi bien d’objets que de personnes, est toujours la principale cause d’accidents de travail mortels ou d’accidents de travail avec incapacité de travail permanente, surtout dans le secteur de la construction.

Entre 2010 et 2013 le nombre total d’accidents de travail en général avec plus de 30 jours d’indisponibilité a diminué de 11%. Dans cette même période le nombre d’accidents du travail liés aux chutes de hauteur avec plus de 30 jours d’indisponibilité a seulement baissé de 4%.

Les causes directes sont essentiellement le non-respect des instructions (44 %) et les méthodes de travail incorrectes (23 %). Mais il en est une autre, sous-jacente, qu'il ne faut pas sous-estimer : la « volonté de plaire ». Les travailleurs veulent fournir une prestation de qualité aux yeux du client et de leur propre dirigeant, mais ils perdent alors de vue leur propre sécurité (30 %). Les lacunes au niveau des connaissances et les conditions relatives à la sécurité au travail jouent aussi un rôle important dans la survenue des accidents.

La communication est cruciale

L'analyse des accidents du travail et les visites sur chantier révèlent que le problème majeur est un manque manifeste de communication. De plus, les entrepreneurs opèrent souvent avec une équipe très éclectique de travailleurs d'origines diverses. C'est pourquoi il est indispensable, lorsqu'on communique, de tenir compte des différentes langues et cultures des collaborateurs.

Dans le secteur de la construction d'échafaudages, des sous-traitants ne se comprenant pas parfaitement à différents niveaux (culture, langue, érudition) sont la plupart du temps amenés à effectuer des interventions de courte durée (par exemple un arrêt de maintenance dans les usines chimiques et pétrochimiques). Le bruit d’une installation peut également constituer un obstacle dans la communication, car les employés sont obligés de porter des protections auditives. Le personnel d'encadrement endosse alors un rôle prépondérant : le chef de chantier et le brigadier doivent transmettre leurs messages clairement à chacun en recourant à une communication et à des instructions non verbales. Cette façon de procéder permet de faire d'une pierre deux coups : elle réduit aussi les risques résultant d'une mauvaise communication, comme en présence de bruit causé par les installations existantes, à cause des protections acoustiques portées ou encore le fait de travailler en équipes nombreuses sur des installations industrielles et de devoir collaborer avec de nouveaux collègues ou sous-traitants lors de la construction d’échafaudages.

Il est clair que lors du (dé)montage d'échafaudages, les risques au sol peuvent être minimisés en mettant l'accent sur la compréhension de différents groupes de population et la façon de se comporter et d'agir/réagir vis-à-vis d'eux. Mais comment faire concrètement ?

La langue des signes

La langue des signes n'est pas neuve mais connaît malheureusement des variantes régionales. En collaboration avec le VDAB, Erik De Mulder en a élaboré une version standardisée spécifiquement dédiée au secteur du montage d'échafaudages. Dans ce secteur, une trentaine d’éléments suffisent comme base pour construire un échafaudage. La langue des signes personnalisée doit donc avant tout intégrer ces concepts de base. Et pour les ouvriers, la meilleure manière d’apprendre est de pratiquer. La méthodologie appliquée par ces ouvriers consiste donc à pratiquer l'apprentissage actif. Tout le monde fait face et intègre le mot et sa représentation grâce à une vidéo. En même temps que le mot, les ouvriers apprennent le mouvement correspondant à une pièce particulière. Ils s'entraînent donc progressivement à l'exercice de cette langue des signes et procède ainsi pour différents éléments de matériel. L'exercice se termine par un test : les ouvriers se voient présenter une photo ou une courte vidéo d'un élément et doivent exécuter le mouvement correspondant et se rappeler du nom.

Lors du (dé)montage effectif d'un échafaudage, les ouvriers utilisent la langue des signes pour indiquer clairement quelle pièce doit être transmise. On évite ainsi les frustrations générées par les incessantes erreurs de transmission de matériel. Au-delà du bruit qui règne et bien qu'ils parlent tous des langues différentes, ce langage non verbal leur permet de spécifier sans équivoque de quoi il est question à ce moment précis.



Cet article est basé sur la session « Gebarentaal in steigerbouw : het waarom? » dispensée par Christiaan Goeman et Erik De Mulder à l'occasion de Prenne # 37, le 22 mars 2016.

Publié 29-04-2016

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