Quel est l’impact du coronavirus sur la profession de conseiller en prévention ?

La pandémie de Covid-19 confronte les conseillers en prévention à d’importants défis. Après la pandémie, leurs tâches ne seront plus les mêmes. Pour leurs cadres de réflexion et leurs méthodes de gestion des risques, il y aura également un avant et un après Covid-19. Que doivent-ils faire ? Qu’est-il préférable qu’ils ne fassent pas ? Comment gérer au mieux les situations incertaines et imprévisibles telles que la crise du coronavirus ? Dans cet article, je me propose de donner quelques lignes directrices générales aux conseillers en prévention.

Sécurité au travail : davantage d’aspects organisationnels et humains

La pandémie de Covid-19 va transformer la prévention. Il n’y a aucun doute là-dessous. La pandémie de Covid-19 change la donne en termes d’organisation, et cela affecte aussi le conseiller en prévention. L’accent mis sur la sécurité technique va se déplacer vers la santé et les aspects organisationnels et humains, c’est un fait.
Interpeller un collègue qui a le nez qui coule ou qui semble avoir la grippe

La pandémie de Covid-19 va nous faire repenser nos conceptions et nos habitudes en matière de sécurité et de santé. Notre manière de travailler et notre manière d’interagir (poignées de mains et autres) ont déjà énormément changé. Le télétravail est tout à coup devenu une habitude. À l’avenir, lorsque vous éternuerez ou lorsque votre nez coulera, vos collègues n’hésiteront pas à vous dire « Tu ferais mieux de rester chez toi », ou même « Nous préférons vraiment que tu rentres chez toi pour te rétablir, que tu télétravailles ou non. » Il sera plus courant de s’interpeller en cas de nez qui coule ou de symptômes grippaux.
Maîtrise des risques opérationnels, stratégiques et tactiques

Le coronavirus va obliger les conseillers en prévention à penser « out-the-box », à sortir des sentiers battus pour le remaniement de leur politique de prévention. Les conseillers en prévention sont notamment responsables de la stratégie d’adaptation de l’entreprise, ou, en d’autres termes, de ses mécanismes de réaction face aux crises. Ces changements concernent non seulement le niveau opérationnel, mais aussi le niveau stratégique et tactique. Les nouveaux cadres de réflexion de la gestion classique des risques ne sont pas adaptés à la pandémie de Covid-19. Le « contrôle » et la « maîtrise » classiques des risques se révèlent insuffisants.

Prévention avant le coronavirus 
Prévention après le coronavirus
Le lieu de travail : le bureau.
Le lieu de travail : sans importance.
 
L’organisation du travail :
  • statique,
  • liée au lieu et au temps,
  • gérable.  
L’organisation du travail :
  • change en permanence (à distance),
  • indépendante du lieu,
  • impossible à gérer et imprévisible.
La collaboration est nécessaire pour innover et prendre des accords. 
La collaboration (Microsoft Teams, p. ex.) devient une nouvelle forme de groupe social.
 
Nous recherchons la certitude :
– un lieu de travail sur lequel nous avons prise ;
– des aspects mesurables ;
– des chiffres clairs et sans équivoque.
La seule certitude est qu’il n’y a plus de certitude :
– certaines choses ne sont pas mesurables ;
– on ignore ce qu’on ne sait pas ;
– des suppositions et interprétations sont souvent nécessaires.
 
Sécurité technique 
Le trident : technique, organisation et humain
Sécurité opérationnelle 
Les changements ont des répercussions au niveau stratégique, au niveau tactique et au niveau opérationnel avec, à chaque niveau, des risques pour la sécurité et la santé.

Maîtrise des risques : gérer l’ambiguïté et l’incertitude

Une fois la pandémie de Covid-19 endiguée, l’approche classique de la maîtrise des risques appartiendra au passé. Les gestionnaires de risques devront apprendre à gérer l’ambiguïté et l’incertitude, plutôt que de vouloir nier l’ambiguïté et maîtriser l’incertitude. Les risques incertains sont les risques dont la probabilité et les conséquences sont inconnues. Par conséquent, il est impossible d’évaluer leur acceptabilité. Pour les risques ambigus, la probabilité et les conséquences sont également inconnues, et ils soulèvent en outre un débat scientifique ou sociétal.
Le conseiller en prévention avant le coronavirus 
Le conseiller en prévention après le coronavirus
Le conseiller en prévention se consacre à la maîtrise des risques. 
Le conseiller en prévention se consacre à une stratégie d’adaptation afin de pouvoir faire face aux risques.
 
Les risques doivent être maîtrisés : le conseiller en prévention se charge de les contrôler et de des maîtriser. 
L’approche classique des risques ne convient plus dans un contexte VUCA (Vulnerable, Uncertain, Complex, Ambiguous).
 
Mesurer, c’est savoir : tous les aspects de l’évaluation des risques est clairement défini et mesurable. 
Estimer et interpréter les risques est nécessaire.
Les risques sont simples. 
Les risques sont incertains et ambigus.

Des directives pour le conseiller en préventionEn tant que conseiller en prévention, vous devez tout mettre en œuvre pour protéger la sécurité et la santé des travailleurs.
Certains risques doivent être acceptés, car le risque zéro n’existe pas. Certains risques ne sont pas maîtrisables, encore moins quantifiables. C’est particulièrement le cas de la pandémie de Covid-19. Les dispositions prises ne reposent dès lors pas sur des mesures ou des calculs. L’évaluation des risques est subjective et basée sur des estimations et des interprétations. Les risques acceptés lors de la pandémie ne dépendent pas du contexte de l’organisation. Les risques qu’une organisation peut se permettre d’accepter seront inacceptables pour une autre.
Dans le cadre de la pandémie de Covid-19, l’analyse des risques qualitative révèle ses limites en matière de détermination de la probabilité d’un événement indésirable. Mais les risques sont estimés sur la base de l’interprétation, de l’estimation et de la perception des collaborateurs ordinaires. L’évaluation des risques manque ici d’exactitude. Si les mesures prises à la suite de l’analyse et de l’évaluation des risques sont proportionnelles, les dirigeants et les collaborateurs estimeront que le conseiller en prévention utilise une méthode d’analyse des risques qui correspond au risque perçu. Les collaborateurs pensent alors que les méthodes d’analyse des risques utilisées par le service de prévention sont adaptées. Dans le cas contraire, les différences de perception entraînent de la « dissonance cognitive » (Festinger), un concept bien connu en psychologie : des tensions désagréables apparaissent lorsque le point de vue des travailleurs est en conflit avec les convictions du conseiller en prévention et/ou de l’organisation.
Prenez uniquement des mesures de prévention proportionnelles. Les mesures de prévention disproportionnées doivent être évitées. Veillez toujours à trouver un équilibre entre les mesures de prévention qui s’imposent et le respect des exigences en matière, par exemple, de protection de la vie privée.
N’appliquez que des mesures fondées sur des preuves. Adoptez les bonnes pratiques du secteur et évitez de vous lancer dans des expériences. Quelques mesures qui ont fait leurs preuves : hygiène des mains correcte, distanciation sociale, désinfection régulière des surfaces fréquemment utilisées et adaptations de l’environnement de travail ou de l’organisation du travail.
Ne pratiquez pas une politique au lance-flamme. Ne prenez pas soudainement des mesures venues de nulle part, comme prendre la température, avec un thermomètre infrarouge, de toutes les personnes qui pénètrent dans les bâtiments. Même si cela vous donne l’impression de contrôler, de mesurer la situation, il n’en est rien. Prenez des décisions mûrement réfléchies.
Soumettez les mesures de prévention supplémentaires au Comité, conformément à l’article II.7-.3 du Code du bien-être au travail : « Le Comité émet un avis préalable sur : 1° tous les projets, mesures et moyens à mettre en œuvre qui, directement ou indirectement, immédiatement ou à terme, peuvent avoir des conséquences sur le bien-être des travailleurs lors de l’exécution de leur travail. »
Soyez clair dans vos communications, y compris pour les contractants, les entrepreneurs et les sous-traitants. Rappelez régulièrement ce qui autorisé et ce qui est interdit. Communiquez également des instructions en matière d’hygiène des mains, de distanciation sociale, etc. Impliquez les hygiénistes du travail et le médecin du travail dans cette communication.
Assurez la coordination des mesures dans le cadre de la pandémie de Covid-19. Gardez une vue d’ensemble, mais restez proche des personnes qui prennent les décisions et des intéressés, tels que les travailleurs et le médecin du travail.
En tant que conseiller en prévention, faites preuve de leadership dans le domaine de la sécurité. Donnez un sens à ce qui se passe dans l’organisation. Un leader en sécurité est une personne capable de recadrer les événements causés par la pandémie de Covid-19. Le Covid-19 est sans conteste un « événement qui donne du sens », qui justifie de préserver la sécurité et la santé des travailleurs et qui oriente les actions. Soyez sensible aux émotions que l’incertitude ne manquera pas d’engendrer chez les travailleurs. Plutôt que de les nier, utilisez-les dans votre rôle de leader en sécurité. Les leaders restent toujours positifs.
Ne montrez pas de signes de nervosité. Essayez d’étudier la situation et d’agir avec pragmatisme. Il n’est pas possible d’avoir prise sur tout. La société n’est pas façonnable, la pandémie de Covid-19 non plus.
Évitez de vous cacher derrière votre rôle « consultatif ».
Le « risque » est une manière de mesurer le danger, en fin de compte. Ce terme est employé afin de donner une idée de la probabilité d’un événement non désiré et de ses conséquences. Voici un exemple : pour chaque 1 000 kilomètres parcourus en voiture, le risque d’être impliqué dans un accident mortel est de 1 sur 5 000. Dans un tel contexte, le risque est toujours lié à la combinaison de deux aspects : la probabilité et les conséquences. Si ce risque est considéré comme faible, cela peut faire référence aussi bien au premier aspect qu’au second. Cette approche classique ne sera plus tenable après la pandémie de Covid-19, et devra se réinventer.

Auteur: Jan Dillen

Publié 16-04-2020

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