Quel rôle l’intelligence artificielle peut-elle jouer dans le cadre des audits et des contrôles ?

Les pouvoirs publics doivent veiller à la surveillance et à l’application de la législation en matière de sécurité et de santé. À cette fin, ils délèguent certaines tâches de contrôle à des organismes de contrôle indépendants chargés de vérifier la conformité des produits et des services. L’intelligence artificielle va progressivement gagner en importance, aussi bien pour les audits que pour les contrôles.

Approche fondée sur les risques
Actuellement, la surveillance et l’application de la législation dans les organisations ne sont souvent planifiées qu’après une décision de surveillance, la plupart du temps à la suite de plaintes ou d’accidents graves. Cette attitude peut difficilement être considérée comme « fondée sur les risques ». Or, c’est bien ce type d’approche que recommande l’OCDE dans le cadre de la planification des inspections et des contrôles par les autorités gouvernementales (OCDE, Principes de bonnes pratiques de l’OCDE pour la politique de la réglementation, 2014).
Dans le cadre de l’approche fondée sur les risques, les organisations sont sélectionnées sur la base de la probabilité d’accidents ou de dommages pour la santé et de leurs conséquences. D’autres méthodes de sélection existent, mais sont moins efficaces : le contrôle de toutes les entreprises, comme c’est le cas pour les entreprises Seveso, ou des contrôles aléatoires (Blanc, Inspections reforms: why, how and with what results?, 2013). Contrôler l’intégralité des entreprises n’est pas réaliste sur le plan économique. Quant au contrôle aléatoire ou par échantillonnage, déterminé par un ordinateur, il comporte des limites évidentes. À l’heure actuelle, les machines utilisées ne sont pas intelligentes, et encore moins équipées d’un système d’intelligence artificielle.
L’intelligence artificielle pour la planification des inspections
L’intelligence artificielle peut se révéler utile pour déterminer de façon plus judicieuse les entreprises devant faire l’objet d’une visite d’inspection. Grâce à l’apprentissage automatique, l’algorithme tire des enseignements des bons résultats passés pour améliorer ses prévisions et éviter les erreurs. Peu à peu, la machine perfectionne ses prédictions et optimise les planifications des inspections à venir. L’intelligence artificielle peut donc contribuer à la sélection des inspections et des contrôles à effectuer par l’autorité compétente. La grande quantité d’informations, ou « big data », dont disposent ces organismes permet l’application de l’apprentissage automatique. À l’avenir, les autorités devront mettre à profit cette association des big data, des algorithmes et de l’apprentissage automatique pour des inspections plus efficaces.


Les caméras intelligentes pour les contrôles
Comme mentionné dans notre article précédent, l’utilisation de caméras intelligentes sur un drone ou à distance peut être utile pour la prise de mesures correctives et la prévention d’accidents. Dans ces cas également, l’association de l’intelligence artificielle et des bases de données permet de planifier et d’exécuter ces inspections de façon bien plus efficace. Les algorithmes peuvent alors fournir des informations précieuses pour déterminer les équipements de travail, réservoirs ou soudures à inspecter ou contrôler. Sur la base de l’intelligence artificielle et des algorithmes appliqués à des bases de données, l’organisme de contrôle peut également recommander à l’organisation de se soumettre à des inspections additionnelles, non prévues par la loi. S’il va de soi qu’adopter une périodicité plus courte que celle prévue dans la législation est impossible, des inspections ou des contrôles supplémentaires, moyennant l’approbation du client, peuvent améliorer sensiblement la situation en matière de sécurité.
D’importantes quantités de données sont nécessaires pour exploiter l’intelligence artificielle dans le cadre des inspections et/ou des contrôles. Ces données peuvent provenir de rapports d’inspection antérieurs, de photos, d’images vidéo prises par des drones, etc., mais aussi de données classiques comme l’âge, l’utilisation du matériel, la fréquence d’entretien, le dernier entretien effectué, l’exposition des équipements aux intempéries, ou autres. Autant de données qui seront prises en compte par l’algorithme pour déterminer la fréquence d’inspection ou de contrôle.

L’intelligence artificielle et les exosquelettes
Un « exosquelette » est un équipement portable que l’utilisateur peut contrôler. Les exosquelettes sont utilisés dans des situations de travail nécessitant la manipulation de lourdes charges physiques et statiques. Leur principale fonction est de soutenir une ou plusieurs parties du corps afin de réduire la charge subie. Ces structures mécaniques portables se déclinent en deux catégories : les exosquelettes actifs et les exosquelettes passifs. Les exosquelettes actifs sont équipés d’un mécanisme d’entraînement permettant de produire une force supplémentaire dans l’articulation. Les exosquelettes passifs, quant à eux, utilisent la gravité et des vérins pour limiter l’impact d’un mouvement et soutenir l’utilisateur.
Bon nombre d’exosquelettes ont déjà été commercialisés :
 

  • Un exosquelette pour le haut du corps qui facilite l’exécution de tâches nécessitant un usage intensif des bras. Il convient aux tâches suivantes : (dé)montage, entretien, soudage et meulage, ponçage et polissage, peinture, stuc et travaux dans les espaces verts. Les marchés ciblés sont notamment l’industrie automobile et aéronautique, la production, la maintenance, les chemins de fer, la construction navale, le bâtiment, la défense et la construction métallique. L’exosquelette accompagne les mouvements de l’utilisateur et réduit l’activité musculaire et la fatigue. Il soutient les articulations et transfère le poids vers la partie inférieure du corps.
  • Un exosquelette destiné aux utilisateurs amenés à travailler debout, qui adoptent régulièrement des postures difficiles ou travaillent dans un espace restreint. Il convient également lorsqu’un soutien est nécessaire, mais que le poste de travail n’est pas assez grand pour un siège. Cet exosquelette est déjà utilisé par les grands constructeurs automobiles. Ses avantages : une position de travail confortable, une productivité accrue, une charge réduite au niveau des jambes et du dos, un risque moindre d’arrêt maladie, une position assise active (prévention).
  • Un exosquelette sous forme de gant pour renforcer la musculature de la main. L’utilisateur ne doit exercer qu’une infime partie de la force requise pour exécuter une tâche, l’exosquelette se charge du reste (cf. vidéo). Le gant est relié à un sac à dos léger contenant un moteur et des batteries. Le gant est activé à l’aide d’une télécommande, qui permet également de modifier la force exercée. L’exosquelette fournit un soutien pour les mouvements répétitifs et statiques. Compte tenu de l’anatomie humaine, les tendons souffrent du travail statique. L’exosquelette prévient ces douleurs, c’est d’ailleurs là sa finalité première. Compte tenu de la structure anatomique de la main (circulation sanguine réduite et diversité des tissus), la rémission de ce type d’affection peut prendre des mois, voire des années. L’exosquelette soutient l’utilisateur pour l’exécution des tâches qui nécessitent de nombreux mouvements statiques et/ou répétitifs et beaucoup de force.

Exemple d’exosquelette : https://www.youtube.com/watch?time_continue=1&v=ZshA7Q37iws&feature=emb_logo

La mise en application de toute nouvelle technologie au sein d’une organisation constitue un problème récurrent, dans la mesure où elle soulève de nombreuses interrogations. Les exosquelettes ne font pas exception à la règle. Par exemple, un collaborateur peut-il refuser de porter un exosquelette ? Quelles seraient les conséquences si un collaborateur qui a refusé d’utiliser l’exosquelette doit ensuite s’absenter pendant une période prolongée en raison d’une lésion dorsale ? L’intelligence artificielle n’est pas encore intégrée dans les exosquelettes. Il s’agit cependant d’une technologie très prometteuse dont les possibilités se verraient démultipliées par l’IA.


Conclusion
S’il est difficile de fournir une définition de l’intelligence, l’exercice est encore plus complexe pour l’intelligence artificielle. Elle ne cesse néanmoins de gagner en importance. Il suffit de penser aux fonctions de recherche ou aux systèmes experts toujours plus efficaces pour le constater. La sécurité est un autre domaine où l’intelligence artificielle deviendra de plus en plus incontournable, notamment dans les domaines du nucléaire ou de la chimie. Grâce aux bases de données en croissance constante, les algorithmes pourront prendre des décisions toujours plus pointues. Le mot-clé est donc l’apprentissage. Grâce à leurs expériences, les algorithmes seront en mesure de mieux prévoir les accidents. Les formations à la sécurité en bénéficieront elles aussi. Cette évolution devrait toucher dans un premier temps les secteurs à haut risque, et s’étendre par la suite au secteur du bâtiment et à bien d’autres.
 

Publié 03-03-2020

Jan Dillen
Auditor @ Vincotte / VCA-coördinator / Auteur senTRAL
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