Sécurité

Questions à la Chambre sur le nettoyage des tenues de pompiers

Il ressort de plusieurs études que les pompiers ont une espérance de vie moins élevée que la moyenne, ce qui s'expliquerait notamment par un nettoyage insuffisant de leurs tenues, permettant à des substances toxiques de pénétrer à travers ces tenues, d'entrer en contact avec la peau et de causer des cancers. Le nettoyage au CO2, plus onéreux, constituerait le seul nettoyage efficace. Différentes questions ont été posées au parlement quant à cette problématique. Les zones d'incendie décident-elles elles-mêmes de la méthode de nettoyage des tenues de pompiers? Un nettoyage au CO2 pourrait-il être imposé? Envisagez-vous une campagne de sensibilisation? Le ministre Jambon répond aux questions de Karin Temmerman (sp.a) et Francky Demon (CD&V).

EPI

Pour l’heure, seul le port adéquat des équipements de protection individuelle durant les diverses interventions est régi par les normes de sécurité définies dans l’arrêté royal du 30 août 2013. Aucune prescription ne régit ni la décontamination ni l’hygiène personnelle après les interventions. Conformément à l’arrêté royal du 13 juin 2005, il incombe à l’employeur, en l’occurrence la zone d’incendie, d’assurer le nettoyage adéquat et le remplacement, si nécessaire, des tenues d’intervention. À ce propos, l’arrêté précité renvoie cependant aux modalités définies dans le mode d’emploi fourni par le fabricant. Les rapports de l’inspection des services d‘incendie font systématiquement référence à ces normes usuelles, explique le ministre Jambon.
 
Le ministre n’a pas d’informations sur d’éventuels accidents du travail enregistrés en 2014 imputables au non-respect des prescriptions de sécurité. Il est évident que pour le cancer, les symptômes n’apparaissent que beaucoup plus tard.

Nettoyage

Dans quasiment tous les corps d’intervention, les tenues d’intervention sont lavées dans des machines fonctionnant avec de l’eau et du produit lessiviel. Il ressort de rapports de l’inspection des services d’incendie que de nombreux corps sont entre-temps déjà passés à des machines à laver industrielles équipées de dosimètres. Seules les zones d’Anvers et de Bruxelles externalisent l’entretien des tenues d’intervention à une entreprise spécialisée.
 
Une inquiétude est de constater que la plupart des zones procèdent à un nettoyage très limité ou ne nettoient pas du tout. Un groupe de travail, composé d’experts de vécu, sera chargé d’élaborer une procédure d’opération standard (POS) pour le nettoyage et l’entretien post-interventions. Les conclusions de ce groupe de travail seront transmises aux zones sous la forme d’une circulaire ministérielle.
 
Jusqu’à présent, il n’existe en Belgique aucune entreprise spécialisée dans le nettoyage au CO2. Il ressort d’une concertation avec le secteur qu’il faudra attendre au moins trois mois avant que ce service ne puisse être fourni. Au vu des chiffres hallucinants de cancer et de mortalité au sein des services de secours, il est évident qu’une circulaire portant sur le nettoyage au CO2 s’impose.

Budget

La décontamination d’un uniforme d’intervention incendie coûterait 45 euros. Ce prix baissera peut-être au fur et à mesure de l’achat des machines de nettoyage. Il est impossible de fournir une estimation totale pour l’instant. À l’avenir, le nettoyage au CO2 deviendra la règle et permettra, par ailleurs, de prolonger la durée de vie des uniformes. Le ministre Jambon doit encore déterminer le nombre d’uniformes de réserve qui doivent être mis à disposition, dans quels délais et sous quelles conditions. Une circulaire digne de ce nom requiert également un certificat EPI indépendant. EPI signifie équipements de protection individuelle.
 
Le ministre Jambon s’engage à faire affecter les subventions prévues pour le matériel, à savoir plus de 12 millions d'euros pour 2015, à l'achat d'uniformes d'intervention de qualité et à leur nettoyage au CO2.
 
D'après les experts, les uniformes durables et utilisant de nouvelles technologies de pointe constituent la meilleure solution. Le ministre a déjà organisé un appel d'offres général, au terme duquel l'uniforme autrichien est apparu comme étant le meilleur. Toutes les zones, à l'inclusion des pompiers de Bruxelles, peuvent s'inscrire. Le prix par uniforme s'élève à 899 euros TVA comprise.

Ne pas faire des économies au détriment de vies humaines

Karin Timmermans, l’une des intervenants, s’exprime: «Je me réjouis d'apprendre que le ministre souhaite travailler sur cette directive. Si les études montrent que les pompiers ont une espérance de vie inférieure de huit ans lorsque leurs tenues ne sont pas nettoyées assez souvent, la nécessité d'agir est évidente. Un nettoyage au CO2 enlève 98 % des substances hautement cancérigènes. Il faut encourager toutes les zones d'incendie à appliquer ce procédé. Il est aussi positif que l'on n'économisera pas dans ce domaine. En effet, des vies humaines sont en jeu».

Publié 24-02-2015

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