Tournée Minérale (1) : vers une mentalité sans alcool au travail

La « Tournée Minérale », une initiative de la Fondation contre le Cancer, revient pour une nouvelle édition en février. Cette campagne de sensibilisation marque le coup d’envoi d’un mois sans alcool et de réflexion sur l’impact de cette action sur la santé et la vie quotidienne. Mais la Tournée Minérale a-t-elle également sa place sur le lieu de travail ?

Cette campagne est de plus en plus populaire, et pas uniquement dans le domaine privé. Des entreprises, administrations communales, hôpitaux, commerces et autres organisations en profitent également pour conscientiser leurs travailleurs quant à la consommation et à l’abus d’alcool, tant dans la sphère privée qu’au travail. Même le secteur horeca participe à la campagne.
Que disent les chiffres sur la consommation d’alcool ? Quelles peuvent être les conséquences de l’abus d’alcool au travail ? Pourquoi est-il si important d’instaurer une politique ferme en matière d’alcool et de drogues au sein de votre entreprise ? Quel est votre rôle en tant que conseiller en prévention-médecin du travail ? Et en quoi la participation à la Tournée Minérale peut-elle vous aider ?


Les chiffres

Les statistiques les plus récentes concernent la Flandre (2016-2017, source : De DrugLijn)

  • En 2016, 12,3 % des jeunes flamands de l’enseignement secondaire déclaraient boire de l’alcool toutes les semaines, voire tous les jours.
  • En 2017, 95 % des étudiants de l’enseignement supérieur en Flandre déclaraient avoir déjà bu de l’alcool.
  • Parmi les buveurs hebdomadaires en Flandre, 17 % boivent plus de 10 verres par semaine - ils se situent principalement dans la catégorie des 45-64 ans.
  • Plus de 500 000 Flamands ont des problèmes d’alcool.

Concernant le lieu de travail (sources : De DrugLijn, Securex) :
  • 5 à 10 % de la population active a des problèmes d’alcool.
  • 13 % des travailleurs consomment de l’alcool de manière dangereuse (à différents degrés : la consommation à risque, la consommation dangereuse et le risque de dépendance)
  • Plus d’1 travailleur sur 100 est incapable de travailler normalement au moins une fois par mois, car il se trouve sous influence.
  • L’absentéisme est deux à six fois plus élevé parmi les personnes souffrant de problèmes d’alcool.
  • La consommation problématique d’alcool augmente le risque (facteur de 2 à 4) d’accident du travail ; selon les estimations, l’alcool joue un rôle dans 15 à 30 % des accidents du travail.
  • Les travailleurs souffrant de problèmes d’alcool ne prestent que 75 % de leur salaire.

Ces chiffres montrent très clairement que l’alcool et les drogues constituent l’un des principaux facteurs susceptibles d’affecter la sécurité, la santé et l’entourage des travailleurs. De plus, la consommation d’alcool et de drogues entraîne souvent une baisse de performance ou un comportement problématique sur le lieu de travail, avec une hausse de l’absentéisme. Et c’est une source de stress pour les collègues qui doivent assumer cette charge de travail supplémentaire.
Première étape : une politique de prévention en matière d’alcool et de drogues
À travers une politique de prévention en matière d’alcool et de drogues, vous pouvez éviter les situations problématiques et vous assurer que les problèmes liés à l’alcool ne s’aggravent pas sur le lieu de travail. Exemples de mesures concrètes :
  • des directives claires concernant la consommation d’alcool et de drogues durant les heures de travail (deux entreprises sur trois appliquent cette mesure - source : Attentia) ;
  • un principe de la tolérance zéro (1 entreprise sur 5) ; ou
  • une aide en cas de soupçon d’abus d’alcool (1 entreprise sur 2).

Une politique de prévention en matière d’alcool et de drogues repose sur quatre piliers :
  • l’information et la formation des travailleurs et de leurs supérieurs ;
  • la définition de règles claires (dans le règlement de travail) pour le personnel en ce qui concerne la consommation d’alcool et de drogues sur le lieu de travail ;
  • l’établissement de procédures quant à l’approche des comportements problématiques ; et
  • une aide aux travailleurs présentant un comportement problématique, toujours dans le respect de leur vie privée.

Il convient dans ce cadre de tenir compte des axes suivants :
  • sensibilisez les collaborateurs aux conséquences de l’alcool et des drogues sur le lieu de travail ;
  • incitez les supérieurs à intervenir rapidement en cas de signaux indiquant un comportement potentiellement problématique (afin d’agir à temps) ;
  • faites réaliser des analyses (par le conseiller en prévention ou un service externe) en vue d’une politique de prévention spécifique ; et
  • aidez vos collaborateurs à être autonomes.

Les tests de dépistage d’alcool et de drogues sur le lieu de travail ne sont pas toujours utiles
En tant qu’employeur, il peut être tentant de renforcer sa politique de prévention en matière d’alcool et de drogues à travers la mise en place de tests de dépistage d’alcool et de drogues au travail.
Il convient cependant de se montrer très prudent quant à ces tests, car ils nécessitent d’intégrer toute une série de règles et de procédures supplémentaires au règlement de travail. Ils doivent également répondre à des conditions strictes et représentent une immixtion dans la vie privée du travailleur. De plus, ces tests ne sont pas toujours utiles. Ils le sont lorsque vous souhaitez vérifier de manière objective la sobriété des travailleurs affectés à certaines tâches.
En tant que conseiller en prévention-médecin du travail, pouvez-vous mettre en place des tests de dépistage d’alcool ou de drogues réguliers ? La réponse est non. Vous devez en effet toujours rester indépendant, tant vis-à-vis de l’employeur que du travailleur.
Exception : les tests dans le cadre de la médecine du travail, plus précisément lorsque les tâches d’un travailleur sont de nature telle que sa consommation d’alcool ou de drogues est susceptible de créer des risques pour les autres travailleurs. Vous pouvez réaliser de tels tests de manière autonome, sans obligations de la part de votre employeur. Vous ne devez pas non plus informer votre employeur des résultats.
Plus d'informations sur senTRAL :

Toolbox de sensibilisation à l’usage d’alcool et de drogues sur le lieu de travail
Convention collective de travail 100 du 1 avril 2009 concernant la mise en œuvre d'une politique préventive en matière d'alcool et de drogues dans l'entreprise
Que pouvez-vous et devez-vous faire face à un travailleur ivre ?

Publié 06-02-2020

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