Sécurité

Un défibrillateur externe automatisé est-il pertinent dans votre entreprise ?

L'opinion publique manifeste beaucoup d'intérêt pour le défibrillateur externe automatique (DEA). Ces dernières années, de tels dispositifs ont été installés dans de nombreux endroits publics accueillant une foule nombreuse. Quand des gestes d'urgence vitale doivent être posés, il convient toutefois de respecter la chaîne de survie. Ccette dernière prévoit l'usage du DEA en troisième lieu, après l'appel des services de secours externes et le recours à la réanimation classique. Malheureusement, peu d'études ont été menées sur la présence et l'utilité effective des DEA sur les lieux de travail. Le Dr Kalaai, médecin du travail chez Mensura, a analysé cette thématique dans le cadre de sa thèse de master.

L'étude avait pour but :
  • de se faire une idée de l'organisation des procédures de premiers secours dans les entreprises établies en Flandre;
  • d'analyser la présence et l'utilisation du défibrillateur externe automatique (DEA) dans les entreprises flamandes;
  • de vérifier quels critères ces entreprises appliquent pour choisir d'acquérir ou non un DEA.
Un questionnaire a donc été envoyé par les organisations professionnelles flamandes (Prebes et l'Association des médecins d'entreprise internes) à leurs membres pour y être complété par les conseillers en prévention internes (96,5%) et par les médecins d'entreprise internes (3,5%).

Nombre de DEA présents dans les entreprises

Au total, 767 entreprises situées en Flandre ont été interrogées (52% ayant une activité à prédominance industrielle et 48% plutôt axées sur le travail administratif). 89,7% d'entre elles disposent de procédures et de conventions relatives à l'accueil des services de secours externes. Le temps d'accès escompté de l'ambulance s'élève à 10 minutes (valeur médiane). Si le délai d'accès dépasse 12 minutes (temps que les centrales 100 s'efforcent de respecter) dans 24,4% des sociétés, l'ambulance arrive par contre en moins de 5 minutes (délai au cours duquel la littérature recommande la mise en œuvre d'un DEA) dans 19,8% des entreprises.

Présence d'un DEA

Un DEA au moins est présent sur le site de 48,8% des entreprises (n=374). Au cours de la période 2010-2014, on note une tendance à l'augmentation du nombre de DEA sur les lieux de travail. Un quart des firmes disposant d'un DEA ont basé leur décision d'acquisition sur une analyse des risques (23,2%) tandis que 9,3% des entreprises n'en possédant pas ont eu recours à ce même type d'analyse pour motiver leur décision de ne pas en acheter.

La présence du DEA dans les sociétés interrogées dépend :
  • du nombre de personnes présentes sur le site (hors visiteurs extérieurs). Plus il y a de gens sur place, plus les chances sont grandes de voir les entreprises disposer d'un DEA;
  • des risques spécifiques à l'entreprise et susceptibles d'entraîner des problèmes cardiaques (travail physique lourd, danger d'électrocution, températures extrêmes).
Cette présence ne dépend pas :
  • du type d'activité prépondérant au sein de l'entreprise (travail de bureau ou industriel);
  • du temps d'accès de l'ambulance (valeur médiane de 10 minutes).
La plupart des entreprises disposant d'un DEA (78,9%) contrôlent leur appareil en interne et ont désigné spécifiquement une personne pour s'en charger (93,6%). La plupart des firmes (83,9%) planifient pour leurs collaborateurs une séance de remise à niveau relative à l'usage du DEA au moins une fois tous les 12 mois.

Utilisation du DEA

Les DEA ont délivré un choc électrique à l'occasion de 49 utilisations (y compris sur des visiteurs) réparties entre 21 entreprises. 35 victimes sur les 45 signalées ont survécu (les données n'ont pas été communiquées pour 4 d'entre elles). La victime la plus jeune était âgée de 39 ans. La plupart des victimes (n=17) avaient entre 40 et 65 ans, 8 avaient plus de 65 ans et l'âge était inconnu pour 9 d'entre elles.

Conclusion

Le DEA est un appareil fiable et utile lorsqu'il est entretenu et testé régulièrement. Un temps d'accès trop long des services de secours externes et/ou un accès difficile au site de l'entreprise, le tout combiné avec l'existence de risques de problèmes cardiaques, peuvent justifier l'utilité d'un DEA pour la société en question. Mais le DEA peut aussi susciter un faux sentiment de sécurité. L'attention doit rester focalisée sur les 2 premiers maillons de la chaîne de survie : l'appel des services de secours et la réanimation à laquelle les travailleurs doivent avoir été formés. Ce n'est que dans un troisième temps que le DEA (troisième maillon) peut être utilisé. La décision d'acquérir ou non un défibrillateur doit en outre être précédée d'une analyse des risques.

Il ressort de l'étude du Dr Kalaai qu'en Flandre, les entreprises (qu'elles soient ou non dotées d'un DEA) recourent trop peu souvent à une analyse des risques pour évaluer les risques cardiaques au travail et que cette analyse est insuffisamment structurée, de sorte que l'installation d'un DEA est trop souvent mal conçue. Et lorsque les firmes procèdent malgré tout à une analyse des risques, elles ne tiennent pas compte de tous les facteurs de risques essentiels, comme le délai d'arrivée de l'ambulance.

Sur la base de cette étude et d'une analyse de la littérature, les propositions suivantes ont été formulées pour aider les entreprises flamandes à réaliser une analyse des risques :
  1. Demandez une simulation informatisée du temps d'arrivée des services de secours appelés par l'entreprise via le service 100 et effectuez un exercice sur place, depuis l'endroit où les services de secours arrivent jusqu'aux différents postes de travail.
  2. Vérifiez si le site de l'entreprise est facilement accessible.
  3. Tenez compte du profil de risque cardiaque des travailleurs et prêtez une attention toute particulière aux travailleurs de plus de 40 ans. Pour avoir une vue d'ensemble de l'âge des travailleurs dans votre société, vous pouvez dresser une pyramide des âges.
  4. Évaluez les postes de travail à risque, les dangers d'électrocution, les travaux physiques lourds, les températures extrêmes, la pression psychosociale et surtout la combinaison de ces divers risques.
  5. Selon la littérature, la présence de plus de 250 personnes âgées de plus de 50 ans sur le site pendant 16 heures par jour constitue un facteur de risque.
  6. Tenez compte du nombre de problèmes cardiaques survenus au cours des 5 derniers années, ainsi que des circonstances dans lesquelles ils se sont produits (pas seulement les arrêts cardiaques).
  7. Contrôlez si les services de secours externes peuvent être appelés depuis n'importe quel endroit de l'entreprise (accessibilité par GSM, prévoir éventuellement des téléphones de secours fixes).
  8. Répétez régulièrement l'analyse des risques si certains postes à risques sont modifiés, lorsque les travailleurs vieillissent, quand certains processus de production sont transformés,…
 

Publié 26-08-2015

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